IFSI - Gérontologie - Gérontopsychiatrie 7/
Les déshydratations sont des situations gériatriques fréquentes et graves. Leur dépistage et leur traitement doivent être précoces.
La déshydratation correspond à un déficit du volume liquidien par déséquilibre du bilan hydrosodé.
Il s’agit d’une pathologie fréquente en raison des modifications physiologiques liées au vieillissement :
- Diminution de la sensation de soif
- Modification de la fonction rénale.
Elle est d’autant plus fréquente que la personne âgée est dépendante.
Il s’agit d’une pathologie grave pouvant engager le pronostic vital.
types de deshydratation
DESHYDRATATION EXTRACELLULAIRE CORRESPONDANT A UN DEFICIT SODE
Elle se traduit sur le plan biologique par :
- Une augmentation des protides et de l’hématocrite
- Une augmentation de l’urée et de la créatinine.
DESHYDRATATION INTRACELLULAIRE CORRESPONDANT A UNE PERTE D’EAU DU SECTEUR INTRACELLULAIRE
Elle se traduit sur le plan biologique par :
- Une natrémie élevée >= 145 mmol/l
- Une augmentation de l’urée et de la créatinine signent une insuffisance rénale fonctionnelle.
Le plus souvent, il s’agit d’une déshydratation globale avec perte d’eau et de sodium (la perte d’eau étant la plus importante).
Les signes classiques sont d’appréciation très difficile en gériatrie :
- Soit par manque de données antérieures (par exemple : TA antérieure)
- Soit par le fait que certains symptômes sont atténués (par exemple : soif, pli cutané).
SIGNES DE DESHYDRATATION EXTRACELLLLUUULAIRE
- Baisse de pression artérielle, pouvant entraîner des chutes par le biais d’une hypotension orthostatique
- Tachycardie
- Oligurie, mais elle est difficile à apprécier en cas d’incontinence sphinctérienne. On sera alors vigilant sur des protections urinaires sèches ou peu mouillées.
- Réseau veineux plat
- Le pli cutané est peu fiable en particulier chez les sujets maigres car il est surtout le signe du vieillissement cutané…
- Hypotonie des globes oculaires
- Constipation
SIGNES DE DESHYDRATATION INTRACELLULAIRE
- Sécheresse des muqueuses appréciée au mieux au niveau du sillon gingivo-lingual
- La sécheresse de la face dorsale de la langue n’est pas vraiment fiable car elle est sèche lorsque les personnes respirent la bouche ouverte
- Sensation de soif : elle manque souvent car elle est beaucoup moins ressentie au fur et à mesure que l’on avance en âge
- Perte de poids (d’où l’importance d’avoir un poids antérieur)
- Fièvre
- Troubles de la vigilance : somnolence pouvant aller jusqu’au coma.
- Troubles confusionnels qu’il est important de savoir observer : changement de comportement, agitation ou au contraire adynamie.
LA DESHYDRATATION EST UNE PATHOLOGIE DONT LE DIAGNOSTIC DOIT ETRE FAIT SANS RETARD car les complications sont sévères et mettent en jeu le pronostic vital :
- Escarres
- Broncho-pneumopathies et infections urinaires
- Coma hyperosmolaire
- Phlébites et embolie pulmonaire
- Complications neurologiques ischémiques.
On distingue 2 mécanismes, qui sont le plus souvent concomitants.
AUGMENTATION DES PERTES
EXTRARENALES
- Vomissements
- Diarrhée
- Aspiration digestive non compensée
- Fièvre : 1 degré au-dessus de 37 ° fait « perdre » 300 ml d’eau
- Polypnée
- Sueurs abondantes
RENALES
- Diurèse excessive, par exemple diabète déséquilibré (coma hyperosmolaire)
- Diurétiques
DIMINUTION DES APPORTS
De nombreuses situations entraînent de fait une réduction des apports liquidiens :
- Dépendance physique empêchant la personne de se servir (immobilisation du bras, alitement)
- Démence : la personne ne pense pas à boire
- Dépression
- Troubles de la déglutition
- Réduction volontaire des apports lorsqu’il existe une incontinence partielle.
traitement curatif
La déshydratation est une urgence.
Le traitement doit être adapté et rapide de façon à éviter les complications.
QUANTITE DE LIQUIDE A APPORTER
Le déficit hydrique se calcule en fonction du poids et de la natrémie, sans oublier les pertes liées par exemple à l’existence d’une fièvre (300 ml/° au-dessus de 37°).
CHOIX D’UNE VOIE D’ABORD
Il est fonction :
- De l’état de conscience
- De l’importance du déficit
- De la coopération du patient pour boire par la bouche ou pour garder une perfusion veineuse.
- · Voie buccale : idéale, par petites quantités répétées et quand la déshydratation est peu importante
- · Voie veineuse : obligatoire :
- o Si le patient est en coma ou en état de choc
- o Si il y a vomissement
- o Si la déshydratation est importante, nécessitant plus de 2 l/ 24 h.
- · Voie digestive : par sonde gastrique permettant d’apporter de l’eau pure, mais aussi des médicaments et des nutriments. Malgré l’inconfort qu’elle représente, on l’utilise lorsque la personne est « impiquable » ou lorsqu’il faut passer plus de 3 l / 24 h.
- · Voie sous-cutanée : ce n’est pas une voie de premier choix pour traiter une déshydratation mais plus pour la prévenir chez des patients ayant des risques majeurs de déshydratation
Cependant, on peut être amené à l’utiliser si le patient a des troubles du comportement ou s’il est agité risquant d’arracher une voie veineuse ou une sonde gastrique et si la déshydratation est modérée ne nécessitant qu’un apport entre 1 et 1,5 l.
Voie sous-clavière ou jugulaire : rarement utilisée.
DUREE
Si le déficit est inférieur à 5 l on peut envisager la correction en 24 heures. Au-delà il vaut mieux se donner 36 à 48 heures.
TRAITEMENT CURATIF DE LA CAUSE DE LA DESHYDRATATION
SURVEILLANCE
Le risque de la réhydratation par voie veineuse est un risque d’œdème cérébral intracellulaire en début de traitement si la perfusion est trop rapide et d’OAP en cas de perfusion de solutés riches en Na.
Par voie sous-cutanée, on peut observer des oedèmes au point de perfusion liés à une mauvaise résorption cutanée.
La surveillance se fera donc sur la tension, le pouls, la température, la conscience et la respiration.
FICHE TECHNIQUE – POSE D’UNE PERFUSION SOUS-CUTANEE
INDICATIONS
- Prévention d’une déshydratation chez un patient ne pouvant s’hydrater par voie orale (troubles de la déglutition, démence très sévère, …) +++.
- Déshydratation modérée chez un patient ayant des troubles du comportement ou des signes d’agitation et risquant d’arracher sa perfusion par voie veineuse.
- Patients ayant un très mauvais capital veineux.
MATERIELS
Rassembler le matériel sur un plateau nettoyé et décontaminé.
- Compresses stériles
- Antiseptique : polyvidone iodée alcoolique solution dermique ou chlorhexidine alcoolique
- Gants non stériles à usage unique
- Pansement adhésif transparent
- Cathéter court protégé 22 G ou 24 G
- Tubulure à soluté
- Soluté et électrolytes selon prescription médicale (en général un litre de sérum physiologique ou de glucosé à 2,5 ou 5 % + NaCl selon prescription mais pas de KCl)
- Pied à sérum
- Conteneur pour objets souillés piqués et tranchants.
INSTALLATION DU MALADE
- Prévenir le patient
- Le coucher à plat dos dans le lit, tête légèrement surélevée
- Pour permettre au patient âgé de se mobiliser, on perfuse de préférence la nuit
Ceci permet de garder une liberté de mouvement dans la journée et d’éviter les conséquences néfastes de l’alitement.
POINT D’INJECTION ET TECHNIQUE
- Parois latérales abdominales ou face latéro-externe des cuisses à la jonction du tiers moyen et du tiers supérieur
- Désinfecter un carré de peau saine, non infectée, non lésée, non indurée
- Pincer la peau et piquer à 30 °
- Fixer l’aiguille avec un pansement occlusif transparent
- Régler le débit de la perfusion pour qu’elle passe en 12 heures environ.
- · Important :
- o Veiller à changer de point d’injection chaque jour ou en cas d’apparition de rougeur, d’œdème.
- o Ralentir le débit si la résorption devient difficile, voire arrêter la perfusion sous-cutanée
Cette technique facile à réaliser, indolore et « confortable » pour le patient est particulièrement adaptée aux patients très âgés tant dans un but curatif (pour déshydratations modérées) que préventif : un protocole de deux à trois perfusions par semaine peut être établi au long cours avec le médecin.
PHOTO 4.1. Perfusion sous-cutanée
Au niveau du ventre, sous le nombril, à gauche.
FICHE TECHNIQUE – SURVEILLANCE DES APPORTS LIQUIDIENS
Pour que la personne reste correctement hydratée, on veillera à ce qu’elle absorbe au minimum 1,5 l par jour (l’idéal étant 2 l / jour).
Tableau « guide » des apports liquidiens minimum :
| Petit déjeuner | Thé ou chocolat, café, lait 1 verre d’eau avec les médicaments | 300 ml 100 ml |
| Déjeuner | 1 verre d’eau avant le repas 1 verre d’eau pendant le repas 1 tasse de café | 150 ml 150 ml 100 ml |
| Goûter | Thé ou café, chocolat, jus de fruit | 200 ml |
| Dîner | Potage 1 verre d’eau pendant le repas 1 verre d’eau au coucher | 200 ml 150 ml 150 ml |
|
| Total | 1 500 ml |
traitement preventif
La prévention reste primordiale et relève du rôle propre de l’infirmier.
SURVEILLANCE DE LA PRISE DES APPORTS LIQUIDIENS
Le total des apports liquidiens doit se situer entre 1,5 l et 2 l/j. Dès que ces apports ne sont pas pris par le patient, il faut le signaler au médecin.
- Ces apports seront augmentés en fonction :
- o De la température ambiante : cette augmentation est évidente en été mais elle est aussi souvent nécessaire en hiver dans les institutions souvent très chauffées.
- o De l’existence d’une fièvre, de vomissements, de diarrhée.
SURVEILLANCE DES TRAITEMENTS PAR LES DIURETIQUES
Le bilan biologique régulier à raison d’un par mois puis tous les trois mois est la contrepartie indispensable de l’utilisation des diurétiques chez le sujet âgé.
DETECTION DES SITUATIONS A RISQUE
En recherchant :
- Les facteurs propres au résident pouvant altérer la capacité de maintenir l’équilibre liquidien :
- o Altération des fonctions supérieures : démence, état de confusion, état délirant, état comateux.
- o Problèmes de dextérité : patients pouvant difficilement amener le verre à la bouche.
- o Problèmes de déglutition : patients à risque de fausses routes.
- Les facteurs de risque de déshydratation :
- o Diminution d’absorption liquidienne : « restriction hydrique » dans le but de limiter le nombre des mictions, état dépressif avec anorexie.
- o Augmentation des pertes liquidiennes : infection, vomissements, diarrhée, hypersudation liée à une vague de chaleur, prise de laxatifs, prise de diurétiques.
POINTS CLES
- 1. La déshydratation est une pathologie fréquente et grave chez les malades âgés.
- 2. Des déshydratations les plus fréquentes sont celles qui sont dues à un manque d’apports en eau.
- 3. Leur prévention passe par une évaluation systématique et personnalisée des capacités physiques et psychiques de la personne à boire en quantité suffisante. Le rôle de l’infirmier est prépondérant dans l’évaluation des risques et la surveillance des apports journaliers en quantité suffisante.
denutrition
La dénutrition est un phénomène très fréquent en gériatrie, touchant 40 à 60 % des personnes âgées hospitalisées ou vivant en maison de retraite et 10 % des personnes âgées vivant à leur domicile.
Il s’agit d’une maladie dont la personne ne ressent pas les effets immédiats mais qui est source de complications graves, voire fatales, à moyen ou long terme. En effet, la mortalité augmente de 2 à 4 fois chez les malnutris, car la dénutrition entraîne une déficience de l’immunité avec une fréquence accrue d’infections, en particulier broncho-pulmonaires.
Elle se définit comme un déséquilibre énergétique entre les apports et les dépenses :
- Soit par insuffisance des apports alimentaires : dénutrition exogène
- Soit par pertes caloriques (mauvaise absorption, hypercatabolisme) : dénutrition endogène.
Ce déséquilibre énergétique se traduit le plus souvent par une perte de poids progressive (bien que celle-ci ne soit pas constante en raison des oedèmes qui peuvent se développer).
DENUTRITION EXOGENE
FACTEURS ECONOMIQUES
L’insuffisance de ressources économiques ne permet pas toujours une ration suffisante, surtout protidique, ni de compenser un état dentaire déficient.
FACTEUR SOCIAL
L’isolement entraîne un désintérêt pour la préparation des repas. Il est connu que quand on mange seul, on mange mal.
MAUVAIS ETAT DENTAIRE
Si fréquent au cours de la vieillesse, il a pour conséquence le rejet d’aliments durs, devant être mastiqués. Il entraîne rapidement une malnutrition.
HANDICAPS
Responsables de difficultés motrices (exemple : maladie de Parkinson, séquelles d’AVC) ou de difficultés praxiques (exemple : démence), ils rendent la personne dépendante d’une tierce personne pour la prise du repas.
MEDICAMENTS
La personne âgée est souvent « polymédicamentée » et le nombre et la nature des médicaments peuvent être anorexigènes.
REGIMES RESTRICTIFS
Observés de façon très rigide plus souvent qu’on ne le croît, ils peuvent être anorexigènes, en particulier le régime sans sel. C’est la raison pour laquelle les régimes seront toujours prescrits de façon attentive et au regard du réel bénéfice attendu (à 80 ans, il n’y a aucune raison de prescrire un régime hypocholestérolémiant).
TROUBLES DU COMPORTEMENT ALIMENTAIRE
Ils s’observent le plus souvent dans le cadre d’une dépression et peuvent inaugurer cette maladie.
ALCOOLISME, TABAC
Ils existent chez le sujet âgé et sont aussi des causes de dénutrition.
AFFECTIONS DE L’APPAREIL DIGESTIF
La hernie hiatale avec ou sans reflux gastro-oesophagien est très fréquente en gériatrie (entre 60 et 80 % après 60 ans), et peut se compliquer d’oesophagite.
L’ulcère gastro-duodénal est souvent silencieux chez le sujet âgé et n’est découvert que dans le bilan d’amaigrissement.
Les lithiases vésiculaires, souvent méconnues, sont responsables de troubles dyspepsiques.
Enfin, les diverticules coliques, dont la fréquence est de plus de 50 % après 80 ans, amènent les patients à adopter une alimentation très sélective.
DENUTRITION ENDOGENE
SYNDROME INFLAMMATOIRE PROLONGE
Il entraîne un hypercatabolisme générateur de dénutrition protidique importante.
MALADIES ENDOCRINIENNES
Diabète et hyperthyroidie sont aussi responsables d’hyper catabolisme.
cliniques
- Asthénie
- Amaigrissement inconstant en raison d’oedèmes des membres inférieurs
- Oedèmes des membres inférieurs diffus, blancs, très mous sous une peau luisante
- Amyotrophie
- Anorexie ++
- Troubles cutanés, phanériens : peau sèche, ongles cassants
- Escarres
marqueurs biologiques
- Essentiellement albumine, marqueur de dénutrition chronique :
N=35 g/l ; si entre 32 à 34 g/l, la dénutrition est modérée ; si l’albumine est inférieure à 32 g/l, la dénutrition est sévère.
- Préalbumine (N=0,20 g/l) : marqueur de dénutrition aigue
- C Reactive Protéine et orsomucoide permettent de rattacher ou non la dénutrition à un syndrome inflammatoire.
Ces quatre protéines permettent de calculer le PINI.
Pronostic Inflammatory Nutritional Index
PINI = (orsomucoide (mg/l) * CRP (mg/l) ) / ( Alb (g/l) * préalbumine (mg/l) )
Il permet de distinguer les dénutritions d’apport (protéines inflammatoires normales) des dénutritions par hypercatabolisme (protéines inflammatoires augmentées).
Il a également une valeur pronostique certaine, élément important dans la prise de décision thérapeutique :
- Si le PINI < 10 : le pronostic est bon
- Si le PINI > 25 : le pronostic est sombre.
DE FACON PLUS DETAILLEE
- Si le PINI est > 30 : le risque est vital ; si le PINI est de 21 à 30 : le risque est important ;
- Si le PINI est de 11 à 20 : le risque est moyen ; si le PINI est < 10 : le risque est faible.
marqueurs anthropometriques
Le plus utilisé est le BMI (Body Mass Index) ou indice de Quetelet :
Body Mass Index ou indice de Quetelet :
BMI = poids en kg / ( (taille en m) au carré)
Normalement pour la femme : BMI = 20 à 25.
Pour l’homme : BMI = 19 à 24.
La technique employée sera fonction de l’importance de la dénutrition et surtout de la pathologie sous-jacente et de son caractère curable.
Pour chaque patient, il faudra adopter un objectif avec une solution cliniquement et éthiquement appropriée.
supplementation orale
ELLE S’ADRESSE AUX DENUTRITIONS MODEREES dont l’insuffisance d’apport est d’apparition récente :
- Perte de poids inférieure à 10 %
- Albumine supérieure à 30 g
- Préalbumine supérieure à 0,18 g.
On fera appel d’abord à une supplémentation hyperprotidique et/ou hypercalorique qui pourra être apportée sous forme d’aliments naturels (exemple : potage enrichi de jambon ou de fromage) ou sous forme de compléments protidiques pharmaceutiques. Ceux-ci sont nombreux sur le marché et existent sous formes variées ; le plus souvent son utilisés les liquides lactés et les crèmes. On trouve également des jus de fruit, des potages et des purées. Actuellement, seul le Rénutryl est remboursé par la Sécurité sociale.
Si cependant, la ration protéino-calorique reste insuffisante, et ceci de manière prolongée sur une semaine, ou s’il existe une pathologie empêchant une prise alimentaire suffisante, on envisagera une technique de nutrition artificielle.
nutrition enterale
Il faut l’envisager quand l’alimentation orale est impossible ou contre-indiquée et que les marqueurs nutritionnels révèlent une dénutrition sévère :
- Perte de poids supérieure à 10 %
- Albuminémie inférieure à 30 g
- Préalbumine inférieure à 0,18 g.
Les voies d’administration les plus courantes sont la sonde naso-gastrique et la gastrostomie percutanée par voie endoscopique.
SONDE NASO-GASTRIQUE
Elle est posée avec l’accord du patient et/ou de la famille après discussion en équipe, en expliquant avec patience à la personne âgée le caractère temporaire, non douloureux pour obtenir une meilleure acceptabilité.
La technique de pose est la même que chez l’adulte.
LES PARTICULARITES PROPRES au sujet âgé résident dans la compliance et dans la surveillance.
- Attacher les poignets d’une personne âgée qui arrache sa sonde doit faire discuter en équipe du bien fondé du maintien de cette technique d’alimentation.
- A cause de la fréquence de hernies hiatales et des reflux oesophagiens, la position demi-assise, ou, mieux, au fauteuil, est requise pendant le passage de l’alimentation. Elle est donc souvent diurne. On peut être amené à prescrire des médicaments antireflux type Gaviscon pour limiter encore le risque de pneumopathie d’inhalation, principale complication de la sonde naso-gastrique à cet âge.
GASTROSTOMIE PERCUTANEE PAR VOIE ENDOSCOPIQUE (GPE)
Nouvelle voie d’accès peu agressive souvent préférée dès que l’alimentation entérale doit se prolonger sur plusieurs semaines, voire plusieurs mois, l’indication doit être posée de façon collégiale par une équipe multidisciplinaire toujours en accord avec le patient et/ou la famille.
ELLE TROUVESES INDICATIONS dans :
- Les troubles de déglutition liés à une pathologie neurologique comme :
- o Sclérose latérale amyotrophique
- o Maladie de Steele-Richardson
- o Syndrome pseudo-bulbaire.
- Toute pathologie du carrefour aérodigestif liée à un obstacle ORL ou oesophagien.
ELLE EST CONTRE-INDIQUEE en cas d’antécédents chirurgicaux de la paroi abdominale.
Son intérêt en gériatrie est le risque nettement moindre d’ablation, volontaire ou involontaire par le patient. Cependant, elle n’est pas recommandée en cas de démence avec troubles du comportement.
Elle est psychologiquement beaucoup mieux vécue que la sonde naso-gastrique par la personne âgée, car limitant moins la vie sociale.
LA DIFFICULTE ESSENTIELLE EST D’ORDRE ETHIQUE :
une fois posée, dans la pratique si elle le reste de façon définitive car les pathologies initiales sont incurables, même si on peut théoriquement l’enlever sans difficulté.
C’est pourquoi, il est si important que la décision soit prise après discussion avec toutes les personnes de l’entourage : la famille et le personnel soignant. Les critères pris en compte sont la décision de la personne elle-même, mais lorsqu’elle ne peut pas se prononcer, son désir de vivre et son espérance de vie à court terme (d’où l’importance du PINI).
nutrition parenterale
Elle est peu utilisée en gériatrie car elle n’est pas dénuée de risques : thromboses et infections.
ELLE DOIT ETRE RESERVEE AUX INDICATIONS SUIVANTES :
- Résection du grêle
- Postchirurgie digestive
- Séquelles de chirurgie gastrique
- Entérostomies temporaires
- Maladie de Crohn, recto-colite hémorragique.
PRECAUTIONS
Elle doit être réalisée avec le maximum d’asepsie et être de courte durée, car les patients âgés dénutris sont à grand risque d’infections.
Elle nécessite une surveillance très stricte avec des contrôles biologiques réguliers et un suivi clinique de tolérance cardio-vasculaire.
On doit assurer, outre l’apport protidique, des lipides isotoniques et un apport glucosé maximum à 10 %, enrichi en électrolytes.
Si le capital veineux le permet et à condition de le faire sur une courte durée, il est préférable de pratiquer une nutrition par voie périphérique plutôt que par voie centrale pour limiter le risque infectieux.
DEMARCHE INFIRMIERE – PREVENTION DE LA DENUTRITION
ETABLIR UNE COURBE DE POIDS MENSUEL
Avec une pesée à date fixe.
STIMULER L’APPETIT
- Prendre en compte les goûts de la personne : établir une fiche de goût
- Veiller à donner une alimentation variée : « on se lasse de manger toujours la même chose »
- Veiller à la présentation des repas : « on mange d’abord avec les yeux »
- Conserver les odeurs, la couleur, la saveur, la texture des aliments. Conserver un aspect agréable aux régimes moulinés ou semi-liquides.
- Préserver une ambiance calme dans un cadre agréable, convivial sur une table gaie et un couvert bien mis.
- Encourager l’exercice physique et les promenades extérieures, favoriser la participation aux « ateliers cuisine » : ils permettent à la personne de retrouver le plaisir de la préparation, d’offrir à d’autres ce qu’elle a préparé, de parler recettes, souvenirs, etc.
- Informer des effets secondaires possibles et souligner l’importance de les signaler : perte d’appétit, nausées, diarrhée ou constipation.
- Fractionner les repas : 4 repas par jour permettent de répartir les aliments sur l’ensemble de la journée, en veillant à ce que le repas du soir ne soit pas trop proche du goûter !
EXPLIQUER L’IMPORTANCE DU CHOIX DES ALIMENTS
- Privilégier les protéines : viandes, poissons, œufs, produits laitiers ; adjoindre les suppléments protidiques variés en associant la famille dans ces apports.
- Quantifier ce que la personne mange de façon très précise : durant 3 jours minimum et calculer avec la diététicienne le nombre de calories et la quantité de protides prise par jour.
LIMITER LA CONSOMMATION D’ALCOOL, MAIS SANS L’INTERDIRE
Boire du vin à table ou un apéritif le dimanche fait partie de notre culture !
CHOISIR UN REGIME ADAPTE EN ACCORD AVEC LE MEDECIN
- Aucune nécessité de régime strict : les indications de régime sans sel sont très limitées (corticothérapie, insuffisance cardiaque majeure). Le régime diabétique sera individualisé en fonction du niveau d’observance réelle et du risque de dénutrition.
- Régime adapté en fonction de l’état dentaire et neurologique. Mauvais état dentaire : régime mouliné. Troubles de la déglutition : régime semi-liquide.
MAINTENIR UN BON ETAT PHYSIQUE ET PSYCHIQUE
- Lutter contre la constipation : surveillance des selles (tableau des selles)
- Conserver une bonne hygiène buccale : soins de bouche, nettoyage des prothèses dentaires, consultation stomatologique et dentaire si besoin.
- Surveiller les troubles de déglutition, fausses routes, régurgitations responsables de nombreuses pneumopathies d’inhalation.
- Signaler au psychiatre ou au psychologue les « refus de manger » et les anorexies à la recherche toujours possible d’une dépression.
L’alimentation joue un rôle primordial dans la vie et d’autant plus en institution où le plaisir de la table est souvent le dernier pour les personnes âgées (mais négligé par l’institution).
Le rôle de l’infirmier est essentiel pour leur redonner l’envie de manger.
Les actions infirmières ne pourront être bénéfiques que si elles reposent sur un travail d’équipe avec tous les intervenants : aide soignants, diététicienne, médecin, psychologue, kinésithérapeute et familles.
POINTS CLES
- 1. La dénutrition concerne la moitié des malades âgés hospitalisés et 10 % des personnes âgées vivant à domicile.
- 2. Elle est souvent exogène (manque d’apports) et endogène (hypercatabolisme).
- 3. La prévention passe par une évaluation systématique et personnalisée des capacités physiques et psychiques de la personne à manger en quantité suffisante. Le rôle infirmier est prépondérant dans l’évaluation des risques et la surveillance des apports journaliers en quantité suffisante.
- 4. La renutrition est basée sur une augmentation des apports soit par voie orale (suppléments protidiques alimentaires), soit par voie entérale. Mais celle-ci pose des problèmes de complications et des problèmes éthiques, nécessitant une réflexion collégiale avec l’ensemble des membres de l’équipe en charge du malade, le malade et sa famille.