IFSI - Gérontologie - Gérontopsychiatrie 13/
SYNDROME D’IMMOBILISATION ET ETAT GRABATAIRE
Ou comment éviter la grabatisation ?
En France, on dénombre actuellement 9,7 millions de personnes âgées de 65 ans et plus.
Parmi celles-ci, environ 2 à 3 % - soit 200 000 à 300 000 – sont confinées du lit au fauteuil.
Un séjour prolongé au lit est toujours dangereux chez le vieillard à l’état de santé précaire, car il l’expose au syndrome d’immobilisation et provoque l’état grabataire. Un quart des vieillards hospitalisés décèdent des complications d’un état grabataire.
DEFINITIONS
SYNDROME D’IMMOBILISATION
C’est l’ensemble des détériorations musculaires, ostéo-articulaires, cutanées, neurologiques, psychiques, viscérales et métaboliques dues à l’alitement prolongé et à la suppression des activités quotidiennes. Ces détériorations peuvent s’installer rapidement après quelques jours d’alitement et d’immobilisation d’une personne âgée.
Si l’on n’intervient pas, l’évolution aboutit inéluctablement à l’état grabataire.
ETAT GRABATAIRE
Est grabataire toute personne qui ne quitte pas spontanément son lit.
Autrefois vécu comme une fatalité liée au « seul grand âge » contre lequel on ne pouvait lutter alors que les maladies responsables de l’alitement guérissaient !
Il est la conséquence de pathologies invalidantes (neurologiques, orthopédiques, cardiologiques ou autres) ou la conséquence directe du syndrome d’immobilisation du malade âgé qui survient en l’absence de soins de nursing adaptés.
MODIFICATIONS PHYSIOPATHOLOGIQUES
Les modifications physiopathologiques liées à l’alitement et à l’immobilisation du sujet âgé malade vont entraîner diverses complications et provoquer le syndrome d’immobilisation.
LE DECUBITUS A POUR CONSEQUENCE ESSENTIELLE
- Une baisse du débit cardiaque, ralentissement circulatoire, stase veineuse, stase des liquides interstitiels.
- Une augmentation de l’activité des ostéoclastes dès les premières heures d’alitement, d’où accélération du processus d’ostéoporose et augmentation du Ca urinaire.
6 mois d’alitement perte de 40 % du volume osseux.
- Une fonte musculaire globale mais portant surtout sur les muscles antigravitaires inutilisés tels que les quadriceps.
- Un hypercatabolisme protéique responsable d’une dénutrition.
- Dès les premières heures d’immobilisation d’un sujet âgé malade, on observe un hypercatabolisme protidique qui entraîne rapidement une dénutrition qui aggrave encore la fonte musculaire et baisse d’autant la force musculaire (perte de 15 à 30 % en huit jours).
- Une baisse de l’érythropoièse anémie
- Une baisse des défenses immunitaires infections.
ETIOLOGIE
LES FACTEURS FAVORISANTS SONT NOMBREUX
- Le vieillissement physiologique des organes
- La polypathologie : les personnes de 85 ans et plus présentent en moyenne 3 à 5 maladies simultanées.
- La diminution des capacités d’adaptation du sujet âgé aux situations de stress (maladies, changements d’environnement, hospitalisations et transfert itératifs), et lenteur de récupération après une période de décompensation.
CECI DEFINIT UNE POPULATION PARTICULIEREMENT A RISQUE, les personnes très âgées (>85 ans), immobilisées par leur pathologie, dénutries, démentes ou déprimées, malvoyantes.
TOUTE PATHOLOGIE AIGUE PEUT DECOMPENSER L’EQUILIBRE PRECAIRE
- Toute pathologie brutalement invalidante : accident vasculaire cérébral, fractures, douleurs inflammatoires aigues, etc.
- Toute pathologie responsable d’un alitement durant plus de trois jours peuvent précipiter le vieillard dans le syndrome d’immobilisation.
COMPLICATIONS
Elles sont nombreuses, concernent la plupart des appareils et sont elles-mêmes des facteurs aggravants du syndrome d’immobilisation.
COMPLICATIONS CARDIO-VASCULAIRES
- Phlébites
- Embolie pulmonaire (l’alitement est la 3è cause d’embolie pulmonaire après 80 ans)
LORS DE LA MISE AU FAUTEUIL après un alitement prolongé, il n’est pas rare d’observer :
- Une hypotension orthostatique avec perte de connaissance possible
- Une tachycardie réflexe à l’effort
- Oedèmes de stases (quand la personne reste au fauteuil).
COMPLICATIONS INFECTIEUSES
PULMONAIRES
Broncho-pneumopathies favorisées par le vieillissement pulmonaire (voir Vieillissement des organes), la stase des liquides interstitiels, les troubles de la déglutition, et les inhalations secondaires au reflux gastro-oesophagien favorisé par la position allongée. La fièvre manque dans 50 % des cas.
CUTANEES
Surinfection d’escarres, ulcères.
URINAIRES
Très fréquente, l’infection urinaire est favorisée par plusieurs facteurs :
- Apports liquidiens insuffisants
- Incontinence anale
- Rétention d’urines sur fécalome qui comprime l’urètre
- Lithiase vésicale ou rénale
- Pathologie prostatique chez l’homme
- Eventuel défaut d’hygiène locale.
Le diagnostic repose sur l’ECBU pratiqué systématiquement devant tout signe anormal urinaire ou non (confusion, somnolence).
Le risque de ces infections est la septicémie.
COMPLICATIONS CUTANEES
ESCARRES
Résultent d’une hypoperfusion (ischémie) des tissus par compression entre l’os et un plan dur.
Favorisés par terrain déficient (diabète, artérite, neuropathies, anémie, dénutrition).
Friction et cisaillement des tissus, fièvre et macération favorisent leur apparition en qq heures, en gé entre 3è et 10è jour d‘hospi (trochanter, talon, dos, sacrum)
22% des vieillards hospitalisés ont des escarres.
14 000 personnes meurent des complications des escarres par an.
La prévention évite 90 % des escarres.
Repérer le risque potentiel avec grille de Norton (tab. 4.7.)
TAB. 4.7. Grille de Norton
4 3 2 1
Etat général Bon Moyen Précaire Mauvais
Etat psychique Bonne orientation temporo-spatiale, bonne communication avec l’entourage Orientation temporo-spatiale acceptable, patient passif, lenteur de réaction Désorientation temporo-spatiale, conversation parfois inadéquate Etat léthargique
Activité Capable de marcher seul (avec canne ou déambulateur) Nécessité d’une tierce personne Déplacement uniquement lit-fauteuil Reste au lit
Mobilité Mobilisation et contrôle de toutes les extrémités à volonté Mobilisation et contrôle des extrémités mais limités, et nécessité d’une aide pour changer de position Incapable de changer de position, faible participation, paralysies, contractures Incapable de bouger, de changer de position
Incontinence Contrôle total des sphincters ou contrôle anal et sondage urinaire Un à deux épisodes d’incontinence urinaire par 24 h ou sondage urinaire et incontinence anale Trois à six épisodes d’incontinence urinaire ou de selles diarrhéiques dans les dernières 24 h Incapable de contrôler ses sphincters, ou sept à dix épisodes d’incontinence urinaire et anale par 24 h
COMPLICATIONS OSSEUSES
L’ostéoporose peut entraîner des fractures spontanées (col du fémur et côtes), et des tassements vertébraux aggravant l’immobilisation.
COMPLICATIONS DIGESTIVES
Constipation constante.
Rechercher fécalome devant nausées, vomissements, diarrhée, par toucher rectal.
Fécalome peut causer syndrome occlusif suspecté devant vomissements fécaloides.
COMPLICATIONS MUSCULAIRES ET ARTICULAIRES
- Une amyotrophie d’où baisse force musculaire qui pérennise l’immobilisation
- Des rétractions tendineuses qui aboutissent à des attitudes vicieuses (récupération très compromise si immobilisation supérieure à 3 mois).
COMPLICATIONS NERVEUSES
Une compression des nerfs périphériques entre os et plan dur : nerf cubital, radial, ou sciatique poplité externe.
COMPLICATIONS URINAIRES
INCONTINENCE
« de circonstance » du fait de la dépendance, ou vésico-sphinctérienne (voir chap)
RETENTION D’URINE
Globe vésical souvent diagnostiqué avec retard, du fait des mictions par regorgement.
Chercher un fécalome qui peut comprimer l’urètre.
COMPLICATIONS PSYCHIQUES
Immobilité entraîne carences relationnelles et sensorielles favorisant repli sur soi, ce qui peut aboutir au syndrome de glissement.
Syndromes dépressifs, attitudes régressives, demande de maternage.
CONCLUSION
Toutes ces complications peuvent survenir à divers moments ds l’évolution, isolées ou associées entre elles, ce qui aboutit à état grabataire définitif ou décès.
L’embolie pulmonaire et les infections sont les premières causes de décès du sujet âgé alité.
PRISE EN CHARGE ET TRAITEMENT
Il s’agit d’une urgence qui demande l’intervention d’une équipe pluridisciplinaire.
BILAN PREALABLE
Le bilan doit être exhaustif et l’évaluation doit être globale (médicale, psy, sociale) :
- Bilan des causes : les pathologies responsables de l’alitement
- Bilan des complications éventuelles déjà installées : par examen clinique soigneux
- Evaluation de la dépendance : que fait la personne et comment le fait-elle ?
o Manger, boire, toilette, habillage
o Continence, pistolet, bassin
o Utilisation de la sonnette
Utiliser une grille de dépendance.
- Bilan de l’état psychique : éventuelle détérioration intellectuelle ou syndrome dépressif
- Bilan social : (AS) :
o Entourage du malade (famille, amis)
o Ressources (souci qui majore l’anxiété)
o Etat du domicile (crainte de ne plus pouvoir y retourner).
PREVENTION
AVANT L’ALITEMENT : PREVENTION PRIMAIRE
- Ralentir involution physiologique par exercice physique (gym douce, marche), alimentation équilibrée, stimulation intellectuelle
- Prévenir et traiter les maladies
- Ne pas immobiliser pr petites pathologies (ulcère)
- Eviter les chutes (cannes, déambulateurs, freins sur les lits, fauteuils roulants, barrières), plus kiné si marche précaire
- Appareiller (auditif, lunettes, prothèses dentaires)
- Limiter med pourvoyeurs de malaises et chutes.
PENDANT L’ALITEMENT : PREVENTION SECONDAIRE
- Savoir entourer le malade âgé :
Le mettre en confiance, s’en occuper et l’occuper en évitant maternage (faire faire, ne pas faire à sa place), encourager, stimuler.
Voir aphasiques. Parler lentement, articuler, appareil auditif.
Placer ustensiles à portée de main (verre, peigne, rasoir, pistolet, sonnette, téléphone).
- Pratiquer les soins d’hygiène :
Toilette corporelle quotidienne en préservant intimité :
o Soins bucco-dentaires (brossage muqueuses, prothèse à nettoyer chaque soir)
o Soins des yeux (collyres)
o Soins des pieds (ongles, espaces interdigitaux) : appeler pédicure si besoin
o Sécher la peau. Si peau sèche, pommade Coldcream ou Cerat
o Toilette locale eau savon et séchage sans frotter après chaque change (incontinence).
- Savoir éviter la déshydratation :
1 verre = 125 cl ; 8 verres = 1 l
Besoins journaliers minimaux : 1,5 l/j
Fiche de suivi des apports quotidiens
Contenants (paille). Eau aromatisée fraîche. Eau gélifiée si troubles déglutition.
Si apports insuffisants, perfusion sous-cutanée prescrite par médecin (voir Déshydratation supra)
- Savoir prévenir la dénutrition :
o Alimentation adaptée à l’état dentaire, et troubles de la déglutition
o Utilisation de suppléments protidiques (voir Dénutrition)
- Savoir éviter l’incontinence et la rétention :
o Bassin, pistolet, chaise percée, sonnette
o Pas de sondage à demeure pourvoyeur d’infection urinaire
o Sondages postmictionnels évacuateurs répétés en cas de rétention.
- Savoir prévenir la constipation et le fécalome :
o Hydratation suffisante, utilisation d’huile de paraffine, de lactulose, ou macrogol (Transipeg, Movivol), suppositoire d’Eductyl
o Lavements programmés (Normacol), régime riche en fibres.
- Savoir prévenir les infections bronchiques :
o Position demi-assise dès que possible, à chaque repas
o Texture des aliments adaptée (fausse-route)
o Kiné de drainage, aérosols
- Prise en charge psychologique :
o Revalorisation narcissique. Prendre soin de l’image (coiffure, maquillage, ongles, vêtements propres)
o Lutter contre l’isolement, favoriser les visites.
- Savoir limiter l’hypotension orthostatique :
o Bandes ou bas de contention
o Changement de position progressif.
- Savoir limiter les escarres :
o Le tt des escarres est préventif :
Surveillance fréquente et massage doux des points d’appui et de toutes les saillies osseuses (talons, fesses, sacrum, trochanter, omoplates, coudes, épineuses vertébrales, occiput, malléoles) avec Biafine ou Sanyrène. Effleurages sans gant, mains réchauffées, pdt 1 min au moins 4 fois par jour.
Soulagement des appuis par chgt de position toutes les 3 heures au moins ; triangles de positionnement à 30 ° pr soulager les trochanters ; fiche de suivi
Matelas spéciaux anti-escarres (ne dispense pas des massages préventifs et des chgts de position)
Mesurer les facteurs de risques d’escarres avec la grille de Norton (Tab. 4.7. supra)
o Ce bilan se fait selon les 5 critères de Norton cotés de 1 à 4.
Si le score est <= 14 : risques présents
Si <= 10 : risques graves
Si <= 5 : risques certains
- Savoir prévenir les rétractions et attitudes vicieuses :
L’immobilisation en attitude vicieuse entraîne déformations orthopédiques douloureuses, et impotence fonctionnelle définitive.
o Installer convenablement le malade ds son lit :
Membres inférieurs : hanche en extension, rotation nulle, genou en extension, pied à angle droit, pr éviter l’équin
Tronc à plat (1/2 assise si insuff. cardiaque, respiratoire, ou si alimentation par sonde gastrique)
Membre supérieurs : bras en légère abduction, coude demi-fléchi, poignets en légère extension, mains en position de fonction
o Savoir utiliser le matériel :
Drap
Matelas régulier ou anti-escarres
Cerceau contre poids du drap
Coussins, triangle de positionnement à 30 ° sur le côté
Surélévation modérée des pieds du lit pr éviter l’œdème
Attelles de positionnement
Perroquet
o Savoir maintenir la mobilité articulaire et l’amplitude des mouvements :
Mobilisation pluriquotidienne et douce des articulations. Privilégier épaules, coudes, mains, genoux, hanches, chevilles orteils.
- Savoir restaurer l’autonomie motrice :
Par une rééducation progressive :
o Exercices musculaires au lit : sans aider. Tjrs précédés d’un massage des muscles. Surveiller le pouls.
o Verticalisation très progressive :
Acquérir la position assise (perroquet, barres), exercice à faire 2 à 3 fois par jour
Exercices au bord du lit (mvts de flexion, extension des jambes)
Passage lit-fauteuil
Passage assis-debout (espalier en kiné), éviter la rétropulsion. En cas de malaise, d’instabilité, d’hypotension orthostatique, s’aider d’une table de verticalisation ou barres parallèles, puis ensuite de déambulateur, cannes simples ou tripodes, selon le handicap.
Dès que la personne âgée est capable de rester plus d’une heure debout, il faut l’habiller avec ses vêtements et la chausser (éviter l’éternelle « charentaise »)
L’intervention de l’ergothérapeute permet le réapprentissage des gestes de la vie courante.
TRAITEMENT DES COMPLICATIONS
Si le syndrome d’immobilisation est installé avec complications, c’est l’état grabataire.
Le tt devient alors curatif pr éviter aggravation ou état grabataire définitif.
THROMBOSES VEINEUSES (PHLEBITES)
Bandes de contention et tt anticoagulant par héparines de bas poids moléculaire à doses curatives en sous-cutané.
Mise au fauteuil et verticalisation dès que possible.
INFECTIONS
Antibiothérapie adaptée en fonction de l’antibiogramme urinaire ou à spectre large en cas d’infection pulmonaire associée à des aérosols et une kinésithérapie respiratoire.
ESCARRES
Soins locaux longs.
- Cicatrisation en milieu humide
- Respecter l’écosystème bactérien de la plaie
Nettoyage de la plaie au sérum physiologique ou à l’eau stérile, compresses non stériles, gants à usage unique.
Pansements adaptés pour chaque phase de l’escarre et pr différentes localisations.
LES QUALITES DU PANSEMENT IDEAL
- Maintenir l’environnement de la plaie humide
- Permettre l’absorption des exsudats
- Avoir un effet d’autolyse permettant la détersion
- Ne pas adhérer à la plaie
- Ne provoquer ni irritation ni développement bactérien pathogène
- Facile d’emploi
- Peu onéreux.
Les pansements sont chers.
LES DIFFERENTS STADES DE L’ESCARRE
Stades 1 à 4 en fonction de sa profondeur.
Différents types de lésions sont possibles pour un même stade.
- Rougeur disparaissant à la pression ou aux chgts de position : escarre non encore constituée
- Rougeur persistante : tâche rosée qui ne disparaît ni à la pression, ni aux chgts de position
- Phlyctène : bulle contenant une sérosité claire ou hémorragique
- Désépidermisation : abrasion superficielle de l’épiderme à fond rouge
- Nécrose : la lésion atteint toutes les couches de la peau, la plaie est noire, les tissus sont morts. Nécrose sèche ou exsudative
- Ulcération : plaie de profondeur variable pouvant atteindre le muscle et l’os.
Quel que soit le stade, l’appui sur la zone atteinte doit être supprimé.
TRAITEMENT LOCAL EN FONCTION DES LESIONS OBSERVEES
Le choix du pansement découle d’une évaluation précise de l’escarre. Fiche de suivi.
- Rougeur persistante ne disparaissant pas à la pression :
o Stopper les effleurages préventifs.
o L’appui doit être supprimé ; sinon, une plaque d’hydrocolloide transparent type Comfeel, Duoderm, ou Algoplaque peut être appliquée jusqu’à 7 jours. Surveiller la lésion quotidiennement.
- Phlyctène séreuse à liquide clair :
o Si la bulle est tendue, inciser, puis appliquer hydrocolloide.
o Si la bulle n’est pas tendue, supprimer l’appui et recouvrir d’un hydrocolloide.
- Phlyctène hémorragique : inciser, évacuer le sang, nettoyer au sérum physiologique, recouvrir avec hydrocolloide ou pansement gras (Jelonet).
- Nécrose et fibrine :
o La cicatrisation de l’escarre comporte différentes étapes : détersion, bourgeonnement, épidermation.
DETERSION : éliminer rapidement la nécrose et la fibrine. Antalgiques si douleurs. Anesthésiques locaux en gel type Emla.
Plaque noire et sèche : ramollir, scarifie, puis hydrogel, puis plaque hydrocolloide tous les 2 à 3 jours. Une fois ramollie, la plaque peut être excisée au scalpel : détersion mécanique
Plaque noire et humide :
• Si peu exsudative, appliquer plaque d’hydrocolloide
• Si très exsudative, appliquer un Alginate plus absorbant recouvert d’une plaque d’hydrocolloide.
- Ulcération :
o Fibrineuse et/ou nécrosée :
Hydrocolloide ou Alginate si très exsudative. Pansement secondaire. Excision si besoin.
Creuse : pâte hydrocolloide plus plaque.
LE BOURGEONNEMENT
Quand la nécrose et la fibrine sont éliminées, le fond de la plaie apparaît :
- Plaie peu exsudative : pansements gras
- Plaie exsudative : alginates
- Plaie creuse : hydrocellulaire mousse.
L’EPIDERMISATION se développe de la périphérie vers le centre sous la forme d’un liseré rosé.
Appliquer un pansement gras 1 fois par semaine.
Après cicatrisation, risque de récidive.
PROBLEMES RENCONTRES
- Plaie infectée :
o A suspecter lorsque le pourtour de la plaie est inflammatoire et en cas de douleur inexpliquée. Fièvre conforte diagnostic.
o Traitement : pansements à base de charbon. Les antibiotiques per os ne sont pas systématiques.
- Plaie hémorragique :
o Pansements avec alginates tous les jours
- Plaie trop bourgeonnante :
o Empêche l’épidermisation, appliquer des corticoides sur prescription.
o Pansement tous les jours, puis hydrocolloide. Pression sur la plaie, ce qui évite l’excès de bourgeonnement.
- Macération des berges de la plaie :
o Fragilise la peau ; appliquer alginate sur pourtour de la plaie.
- Eczématisation du pourtour de la plaie :
o Pansements sans adhésif ; lutter contre sécheresse de la plaie.
- Plusieurs types de lésions sur la plaie :
o Choisir le pansement en fonction de la lésion dominante.
DOULEURS OSSEUSES
- Dues à des tassements vertébraux ou à l’ostéoporose
- Antalgiques (morphine ou calcitonine)
- Calmer ces douleurs est impératif pour sortir du cercle vicieux de l’immobilisation.
FECALOME
Bas situé : évacuation avec doigtier.
Haut situé : lavements évacuateurs et laxatifs (purge colique).
1 litre d’eau tiède + vaseline, eau oxygénée, sel.
Si récidive : lavements systématiques hebdomadaires.
ATTITUDES VICIEUSES ET RETRACTIONS TENDINEUSES
Peuvent empêcher mise au fauteuil ou mise debout.
Proposer « dépliage » chirurgical avec ténotomie.
Attitudes vicieuses causent douleurs (antalgiques).
INCONTINENCE
Protections 4 à 6 fois par 24 h.
Sonde urinaire si escarres sacrées.
Sonde urinaire à demeure source d’infection.
SYNDROME DEPRESSIF OU SYNDROME DE GLISSEMENT
Voir Syndrome de glissement supra, et Dépression.
PRONOSTIC
- Il est BON : le syndrome d’immobilisation est modéré et vient de s’installer. 3 mois de réadaptation.
- Il est MAUVAIS : état grabataire acquis.
TAB. 4.8. Le syndrome d’immobilisation
COMPLICATIONS CONSEQUENCES TRAITEMENTS PREVENTION
CARDIO-VASCULAIRES :
Stases, oedèmes
hypotension orthostatique Phlébite ; embolie pulmonaire
Malaises
Chutes Anticoagulants, bandes de contention
Médicaments, bandes à varices Surélever pieds du lit, HBPM
Bandes de contention
Massages, mobilisation, lever progressif
INFECTIEUSES :
Pulmonaires
Urinaires
Cutanées
Encombrement
Fièvre
Décompensation cardiaque
Septicémie, déshydratation
Antibiothérapie
Aérosols
Kinésithérapie respiratoire
Réhydratation Position demi-assise
Alimentation semi-liquide
Hygiène +++
Pas de sonde à demeure
CUTANEES :
escarres Douleurs, surinfections, décès Antalgiques, soins locaux Massages points d’appui,
Changement de position,
Nutrition, hydratation, matelas coussins adaptés, hygiène
OSSEUSES :
Ostéoporose
Fractures
Tassements vertébraux
Impotence fonctionnelle
douleurs
Positionnement
Antalgiques
orthopédiques
Mobiliser au lit
Mise au fauteuil
Alimentation
DIGESTIVES :
Troubles de la déglutition
Reflux gastro-oesophagien
fécalome
Fausses routes
Pneumopathies d’inhalation
Syndrome subocclusif
Antibiothérapie
Antireflux
Evacuation digitale, lavements, aspiration digestive éventuelle
Position semi-assise
Alimentation semi-liquide
Hydratation
Laxatifs
MUSCULO-TENDINEUSES :
Amyotrophie
Raccourcissement
Rétractions
ankylose
Attitudes vicieuses fixées et douloureuses
Kinésithérapie
« Dépliage » chirurgical
ergothérapie
Massage
Positionner
Mobiliser
verticaliser
NERVEUSES :
Compression nerveuse Paralysies Kinésithérapie intensive Positionnement, coussins, matériel
URINAIRES :
Rétention
Incontinence
Insuffisance rénale, pyélonéphrite
escarres
Atteinte narcissique ++
Sondages post-mictionnels
Evacuation éventuelle d’un fécalome
Exploration de la prostate
Bilan urodynamique, médicaments selon mécanismes en cause
Surveillance transit
Passage régulier bassin ou mise sur les toilettes
Pas de couches systématiques
PSYCHIQUES :
Syndrome dépressif
Etats régressifs
Anxiété, angoisse
Syndrome confusionnel
Dévalorisation, atteinte narcissique
Attitude opposante,
Demande de maternage
Prise en charge psychologique
et antidépresseurs
traitement de la cause
Rassurer, revaloriser, tenir compte des capacités restantes
Stimuler les actes de la vie
CAS CLINIQUE
Etat grabataire installé depuis 3 mois.
Pathologies : asthme, insuffisance cardiaque veineuse majeure. Escarre au talon gauche nécrosé.
PARTICIPATION A LA REEDUCATION
DEMARCHE INFIRMIERE - STIMULATION ET SOUTIEN PSYCHOLOGIQUE
- Expliquer que cette période de rééducation sera longue (de l’ordre de 2 à 3 mois) mais que la volonté de Mme P. est l’élément déterminant majeur de la réussite (« la moitié du chemin ! »).
- Expliquer que toute l’équipe se mobilise pour lui faire des progrès et que, de ce fait, on lui demandera de faire au maximum les choses plutôt que de les faire à sa place. Ce n’est pas un refus d’aide qui, de toute façon sera là pour compenser ce qui est encore difficile.
- Etre présent à chaque déplacement, l’aide physique devenant au fur et à mesure une aide psychologique ; mais il est important de continuer à la sécuriser quand elle n’a plus besoin de personne pour la soutenir physiquement.
- Parler de l’ « avenir » avec Mme P. et lui permettre ainsi d’exprimer ses doutes mais aussi ce qu’elle envisage et ce qu’elle désire.
En cas de découragement, tristesse, angoisse, en parler au médecin qui, si besoin, prescrira un traitement antidépresseur. Dans ce cas, être vigilant à toutes modifications pour évaluer le bénéfice de ce traitement mais aussi les éventuels effets secondaires.
PROTOCOLE DE SOINS - SOINS D’ESCARRE DE TALON
POINTS CLES
1. Il faut redouter le syndrome d’immobilisation devant toute pathologie aigue survenant chez le vieillard et mettre en route toutes les actions de prévention dès le premier jour d’un alitement si celui-ci est inévitable.
2. Les maladies des personnes âgées doivent être soignées « au fauteuil » ; si l’alitement ne peut être évité, le lever sera aussi précoce que possible et toujours progressif.
3. Une semaine de lit en trop demande un mois de réadaptation en plus chez le sujet âgé !
4. Ne pas oublier le vieillard dans son lit, alors que la maladie qui l’y a conduit est guérie ! (23% des décès des vieillards hospitalisés sont dus aux complications de décubitus).
5. Si, malgré tous les efforts, l’état grabataire s’est installé, il est toujours possible de réduire le handicap, ne serait-ce qu’en installant le malade âgé au fauteuil et en le faisant participer même de façon minime à une « vie sociale ».