Urgence - Acidocétose/Acidose Diabète
URGENCES – METABOLISME ET ENDOCRINOLOGIE
P 411
ACIDOCETOSE ET CETOSE SANS ACIDOSE CHEZ LE DIABETIQUE
- Points importants
- Un diabétique qui va mal doit bénéficier d’un dosage instantané de la glycémie capillaire et d’un examen des urines à la bandelette.
- Les pièges que sont les présentations trompeuses :
- o Digestives : douleurs + vomissements : bandelette systématique et obligatoire
- o Respiratoires (polypnée d’acidose) où la déshydratation fera faire une « bandelette urinaire »
- o Neurologiques, de l’obnubilation au coma profond, sans signe de localisation propre
- o Mais une acidocétose à elle seule explique rarement un coma profond : cherchez une cause associée.
- Le traitement doit être commencé après examen clinique et examens « biologiques » au lit du malade : glycémie capillaire et bandelette urinaire.
- Les diabétiques traités par pompe et perfusion continue SC font des acidocétoses brutales, à l’occasion d’ennuis techniques
- Le plus urgent et facile à mettre en œuvre est la réhydratation, plus que l’insulinothérapie.
- La déplétion potassique, non réflétée par la kaliémie parfois élevée, est constante et dangereuse pendant les 8 premières heures
- L’autre risque est l’hypoglycémie.
- Diagnostic
- Polyuropolydipsie, amaigrissements récents, asthénie, nausées, vomissements, puis :
- Polypnée d’acidose FR > 20 / min, obnubilation
- Douleurs abdominales : recherchez une défense ou contracture qui feront suspecter une affection abdominale à l’origine de la décompensation.
- Déshydratation globale : tachycardie, hypotension, perte de poids, etc…
- Haleine acétonique (pomme, fruit pourri, inconstamment perçue)
- Température variable : parfois hypothermie, parfois température normale malgré l’infection.
- Cétonurie > = +++ avec glycosurie dans les urines fraîchement émises, glycémie capillaire > 3 g/l
- Pesée.
- Cherchez un facteur déclenchant autre que l’absence ou arrêt de l’insulinothérapie :
- o Infection (50 % des cas), souvent mineure : angine, infection urinaire, etc…, pas toujours fébrile
- o Corticoides, beta 2 mimétiques par voie systémique
- o Accident vasculaire cérébral, ischémie aigue de membre
- o Insuffisance coronaire aigue parfois sans douleur
- o Traumatisme, chirurgie.
* Examens complémentaires
- Prélevez : ionogramme, urée, créatininémie, glycémie, CRP, NFS, gaz du sang
- ECG immédiat : signes d’insuffisance coronaire associée, de déplétion potassique
- Radiographie de thorax dès que possible
- ECBU
- En cas de doute sur une affection associée : CPK +- troponine ou CK – MB, lipase, enzymes hépatiques, ASP et échographie, selon la présentation clinique.
- Résultats :
- o pH normal ou abaissé selon le stade. On peut parler d’acidocétose si les bicarbonates sont < 15 mmol/l et le pH < 7,30, la glycémie > 2,5 – 3 g/l et qu’il existe une cétonurie.
- o Trou anionique augmenté : (Na) – (RA + Cl) > 16
- o Na normal ou faussement abaissé (hyperglycémie, lipides), glycémie > = 16 mmol/l
- o Hyperleucocytose habituelle même sans infection
- o K+ normal ou bas, rarement élevé mais déficit potassique constant.
- o Créatininémie modérément élevée (sinon chercher une cause associée), parfois faussement élevée du fait de la cétose. Les CPK peuvent aussi être faussement élevées
- o Hyperamilasémie d’origine salivaire possible : ne la dosez pas …
- · Glycosurie et cétonurie : autres causes
- Diabète rénal néphrogénique associé à une cétose de jeûne ou à la cétose de l’alcoolique : exceptionnel mais déjà vu, lorsque le patient n’est pas en état de dire ses antécédents. La glycémie est alors < 4 g / l et baisse très vite sous insuline.
- Cétonurie de jeûne et reliquat de glycosurie avec glycosurie < cétonurie (en « + ») : refaire le test sur des ruines fraîchement émises. Ce résultat peut être facilité par un résidu mictionnel de cause obstructive
- Hypothermie accidentelle profonde.
- Appel au réanimateur dans les cas suivants :
- Coma sans réaction aux ordres simples
- Terrain nécessitant une surveillance hémodynamique délicate (insuffisance cardiaque sévère)
- pH < = 7,1
- Selon la cause déclenchante
- Traitement et surveillance
- Pouls, PA, FR, glycémie capillaire toutes les 1 puis 2 heures. Cétonurie inutile
- Refaire un ionogramme (kaliémie) à H2, puis toutes les 4-6 heures. Gaz du sang selon le pH initial. Pose d’un électrocardioscope. ECG à refaire à H4.
- Pose d’une sonde gastrique (vomissements). Pas d’apport liquide pendant les 24 premières heures, sauf dans les formes mineures.
- Recueil et mesure de la diurèse par Pénilex, sonde chez la femme non continente ou systématique en cas de trouble de conscience profond.
- Perfusez 500 ml à 1 litre de sérum physiologique si Pas <= 90 mmHg, à flot jusqu'à restauration d’une PA > 90 mmHg ou la disparition des marbrures, sauf en cas d’OAP. Quantité en fonction de la réponse clinique. Passez 500-1000 ml d’Elohes ou Estéril en cas de non-correction du choc hypovolémique (voir ch. Choc).
- Réhydratation
- Sérum physiologique salé isotonique à 9 pour 1000 jusqu’à ce que la glycémie soit < 2,5 g/l. Puis relais par du glucosé à 5 % avec 2-4 g/l de NaCl ensuite.
- Sur la base pour 24 h de 5 l + compensation de la diurèse volume pour volume (à mesurer sur 3 heures) + pertes insensibles (pour 24 h : 800 ml + 1 ml/kg/h/degré au-dessus de 37 °) ; la moitié de ce volume doit passer dans les 8 premières heures. Le chiffre de 5 litres est l’estimation moyenne du déficit hydrique ; si vous le connaissez plus précisément (par la pesée diminuée du poids usuel) remplacez le chiffre 5 par celui du déficit réel. Prudence en cas de cétose sans acidose, et surtout chez le sujet âgé où le déficit peut être moindre.
- Potassium
- Administrez-le dès que vous aurez constaté une diurèse et l’absence de signes ECG d’hyperkaliémie
- A la seringue électrique, préparée pour 2 heures :
- o 1,5 g/heure si (3 mmol/l < kaliémie <= 4 mmol/l)
- o 0,5 g/heure si la kaliémie est > 4 mmol/l
- o 3 g / heure pendant 2 heures, seringue préparée pour 1 h si la kaliémie initiale est <= 3 mmol/l
- o Arrêt si kaliémie >= 6 mmol/l.
- Insulinothérapie
- IV à la seringue électrique 0,1 U/kg/h
Préparation de la seringue de 50 ml : à cette dose, pas d’adhésion significative de l’insuline aux parois.
50 U d’insuline ordinaire ou Actrapid + 48, 75 ml de sérum physiologique.
1 ml/h = 1 U/h.
- Visez une glycémie entre 2,5 et 3 g/l. Pas de dose de charge.
- Adaptation de l’insulinothérapie IV en fonction de la glycémie capillaire.
Si après 2 heures, la glycémie ne baisse pas ou le pH n’augmente pas, passez à 0,2 unité/kg/heure.
GLYCEMIE (g/l) INSULINE (U/h) PERFUSION
0,8 à 1 0,5 U/h G 10 %
1 à 2,5 0,05 / kg / h G 10 % si G < 1,5 g/l
G 5 % si G > 1,5 g/l
>2,5 0,1 U/kg/h, G 5 %
pas plus de 5 U/h si
G < 3 g/l
N’arrêtez jamais l’insuline par voie veineuse (1/2 vie courte) : perfusion de G 10 % si G <= 1,5 g/l.
Relais par l’insulinothérapie sous-cutanée dès la disparition de la cétonurie, le malade pouvant s’alimenter (24ème heure).
NB : si la perfusion veineuse continue est impossible, recourez à la voie IM (surtout pasSC) : 0,1 U/kg/h après une dose de charge de 0,33 U/kg, moitié IVD, moitié IM.
- Pas de bicarbonates sauf si hyperkaliémie menaçante à l’ECG (500 ml de bicarbonate isotonique à 14 pour 1000 en 30 minutes, et proposez le patient en réanimation).
- Traitement de la cause déclenchante : infection, etc.
- Héparine de bas poids moléculaire à dose préventive dite de faible risque : indication non validée, hors AMM, mais raisonnable.
URGENCES – METABOLISME ET ENDOCRINOLOGIE
P 415
ACIDOSE LACTIQUE DU DIABETIQUE
- Le diabétique est peut être atteint d’uns acidose lactique de cause indépendante du diabète
- La cause la plus fréquente reste liée aux biguanides (Glucophage, Glucinan, Stagid)
- Associations dangereuses :
Biguanide +
avec :
- o AINS, aminosides
- o Diurétiques, déshydratation
- o Insuffisance hépatique
- o Insuffisance rénale, créat. > 150 µmol/l
- o Grand âge
- o Contraste iodé, chirurgie : arrêt du biguanide 48 h avant et pendant 48 après
- o Infection, ischémie cérébrale, des membres, hypoxie, AVC.
- Diagnostic
- Douleurs diffuses, crampes musculaires, douleurs thoraciques et abdominales et asthénie sont un signe d’alarme
- Tableau clinique d’acidose avec polypnée, douleurs abdominales, sans déshydratation le plus souvent, du fait de l’oligurie ; troubles de la conscience, hypothermie. Troubles tensionnels, rythmiques, conductifs (acidose et hyperkaliémie).
- Acidose à trou anionique augmenté > 16 mmol/l, bicarbonates < 10 mmol/l, lactate très élevé, > 7 mmol/l, pH < 7,25 stricto sensu, cétonémie avec cétonurie inconstamment détectable (faite de beta hydroxybutirate surtout, non dépistable à la bandelette). Glycémie souvent normale ou peu élevée, de 1 à 2 g/l. Insuffisance rénale.
- Traitement en réanimation
En attendant : corrigez l’anoxie et l’hypovolémie, 100 mg de vitamine B1 IVD.
Pas de bicarbonates.
Traitez la cause…