La menace bio terroriste 1

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LA MENACE BIO TERRORISTE 1

 

La menace bioterroriste

Le bioterrorisme n'est plus une menace hypothétique. Faut-il réellement s'inquiéter ? Quelles sont les armes utilisables ? Comment s’en protéger ? Quelles sont les mesures de précaution prises par la France ? Un dossier spécial de Doctissimo.    

 

 

1. BIOTERRORISME : LA DECOUVERTE DE RICINE REVEILLE LES PEURS

Le 12 mars 2003, des traces de ricine auraient été découvertes dans une consigne de la Gare de Lyon à Paris. Quelques heures après le début du conflit en Irak, cette annonce réveillait les craintes d'un attentat bioterroriste. Un mois plus tard, des analyses précisent qu'il s'agirait de germes de blé et d'orge, totalement inoffensives…

 

 

2. QUELLES SONT LES ARMES ET LEURS PARADES ?

Charbon, peste, variole, gaz toxiques… Les armes biologiques ou chimiques potentiellement utilisables sont très nombreuses, mais lesquelles faut-il craindre réellement ? Quels seraient leurs effets ? Comment s’en protéger ?

2.1. Le bioterrorisme en 10 questions

2.2. Les germes du bioterrorisme

2.2.1. Ebola

2.2.2. Les microbes de l'infiniment petit

2.2.3. Peste

2.3. Quelles armes biologiques faut-il craindre ?

2.4. Prévoir l'imprévisible

2.5. Faut-il reprendre la vaccination contre la variole ?

2.6. Les armes chimiques : une menace ancienne et permanente

Pour en savoir plus :

2.7. Les principales armes biologiques

2.8. Les prinicpales armes chimiques 

Encyclopédie :

2.9. La variole

 

 

3. LA FRANCE

La France est-elle prête ?

            En cas d'utilisation d'armes chimiques ou biologiques, existe-t-il un plan national d'alerte ? Quelles sont les structures sanitaires capables de réagir au niveau national et local ? Quels sont les nouvelles dispositions du plan Biotox ? Passage en revue des systèmes de protection nationaux.

3.1. La France est-elle prête ?

3.2. L'OMS sonne l'alerte

3.3. Biotox : la réponse à la menace

3.4. Des maladies sous surveillance

3.5. Bioterrorisme : la découverte de ricine réveille les peurs

   

   

4. REELLE MENACE, L'IMPACT PSYCHOLOGIQUE

Alors que la menace bioterroriste envahissait les médias, le Ministère ne voulait pas entendre parler de psychose. Pourtant, la peur d’une attaque invisible existe bel et bien. Découvrez comment l’arme psychologique fait partie de l’arsenal terroriste.

4.1. Bioterreur, l'arme psychologique

4.2. La peur, déjà une victoire des terroristes ?

       

5. LA TERREUR,C'ETAIT LE CHARBON

Quatre américains sont décédés après avoir reçu des lettres contenant des spores de la maladie du charbon. Le congrès américain lui-même n’a pas été épargné. Face aux alertes aux courriers contaminés, on a assisté à une course aux antibiotiques irraisonnable. Retour sur ces quelques semaines de psychose à l’anthrax.

5.1. Tout savoir sur l'anthrax

5.2. Les Etats-Unis tentent de suivrela piste de l'anthrax

5.3. Maladi du charbon : quand "Nature" fait bien les choses

5.4. Deux nouveaux décès relancent l'inquiétude aux Etats Unis

5.5. La dangereuse course aux antibiotiques

5.6. Le congrès américain contaminé par la maladie du charbon

5.7. Alerte à l'épidémie de courriers suspects

5.8. Fausses alertes et canulars : le gouvernement veut mettre fin à la plaisanterie

  

    

1. Bioterrorisme : la découverte de ricine réveille les peurs

Le 12 mars 2003, des traces de ricine auraient été découvertes dans une consigne de la Gare de Lyon à Paris. Quelques heures après le début du conflit en Irak, cette annonce réveillait les craintes d'un attentat bioterroriste. Un mois plus tard, des analyses précisent qu'il s'agirait de germes de blé et d'orge, totalement inoffensives.

 

Lundi 12 mars 2003, le spectre du bioterrorisme planait de nouveau sur la France. Des traces de ricine avaient été identifiées dans des flacons entreposés dans une consigne de la gare de Lyon. Un mois plus tard, la vérité est beaucoup moins alarmiste.

  

De la ricine aux germes de blé.

 

 Selon le communiqué du 17 mars 2003 du Ministère de l'Intérieur, deux flacons contenaient de la poudre alors qu'une bouteille et deux autres flacons étaient remplis d'un liquide. C'est dans ces deux derniers flacons que les analyses avaient révélé des traces de ricine et de produits pouvant servir sa fabrication. Interrogé sur Europe 1, le Ministre de l'Intérieur déclarait "On a trouvé aussi de l'acétone et de l'éthanol. Le mélange des trois peut faire un poison extrêmement actif mais l'acétone et l'éthanol peuvent servir également, à partir des graines de ricin, à fabriquer de la ricine". Après s'être félicité de l'efficacité du plan vigipirate, le parallèle était fait avec la découverte à Londres de ce même produit chez trois islamistes soupçonnés de préparer des actions terroristes deux mois auparavant.

Mais un mois plus tard, le Parquet de Paris précisait que bien que contrairement à ce que laissaient entendre les tests préliminaires, les flacons ne contenaient pas de ricine, mais des germes de blé et d'orge moulu au profil biologique proche de la ricine, mais totalement inoffensif. Des laboratoires spécialisés dans le domaine végétal pourraient prochainement par la suite préciser l'origine de la poudre.

   

Portrait robot de la ricine

   

Bien qu'il s'agisse là d'une fausse alerte, il est important de noter que la ricine est potentiellement fatale en quelques jours. Administrable par voie digestive, injection ou inhalation, la ricine est extraite de la graine de ricin, plante spontanée des régions tropicales et tempérées, également cultivée comme plante d'ornement ou à des fins commerciales pour l'extraction de l'huile. Cette huile, autrefois utilisée comme purgatif, peut lorsqu'elle est insuffisamment purifiée contenir de la ricine à fortes concentrations. Les tourteaux obtenus après extraction de l'huile sont également très riches en ricine, selon l'Institut de Veille sanitaire (InVs).

Les doses toxiques varient en fonction du mode d'administration de 30 à 80 mg chez l'adulte par voie orale à quelques microgrammes en injection.

Les symptômes apparaissent 3 à 6 heures après l'ingestion (vomissements, diarrhées parfois sanglantes, crampes abdominales, déshydratation, hypotension, faiblesse musculaire, vision trouble, altération de la conscience, convulsions…) et quelques minutes à quelques heures en cas d'inhalation (irritation oculaire et pharyngée, irritation respiratoire…).

Le traitement est essentiellement symptomatique. Il n'existe actuellement pas d'antidote.

Pas de menace précise

En cas d'attaque bioterroriste, c'est principalement le caractère hydrosoluble de la ricine qui est à craindre. Selon l'InVs, le poison pourrait être dissout dans l'eau de distribution sans en modifier le goût, introduit dans un aliment ou dispersé par aérosol. La ricine ne résiste pas à un chauffage pendant 10 minutes à 80°C ou une heure à 50°C.

L'InVs estime que l'utilisation de ricine à des fins terroristes pourrait préférentiellement viser des "groupes cibles" comme des membres des autorités civiles ou militaires, des parlementaires, des journalistes ou des personnes "fragiles" appartenant à une collectivité (crèches, écoles, établissements sanitaires et sociaux…).

   

David Bême

   

   

 

2.2. Les germes du bioterrorisme

Depuis le 11 septembre, l’éventualité d’attaques bioterroristes est passée du statut d’"irréalisable" à "probable". Insidieuses et dévastatrices, des armes biologiques ou chimiques pourraient être utilisées par les terroristes pour semer la panique. Bien que difficiles à maîtriser, des virus, des bactéries ou des gaz toxiques pourraient être utilisés dans le cadre d’attentats.

 



L’anéantissement des tours du World Trade Center a conduit le gouvernement américain à examiner avec attention les formes que pourraient prendre de nouvelles attaques terroristes. Fin septembre, le directeur de l’OMS a appelé tous les états membres à se préparer contre d’éventuelles agressions chimiques ou biologiques. Cette inquiétude n’est-elle pas prématurée ? Plusieurs indices indiquent que le réseau terroriste impliqué dans les attentats de New York et de Washington se préparait également à la manipulation d'avions d'épandage, servant habituellement à répandre des pesticides sur les cultures.

  

 L’attentat au gaz Sarin perpétré par la secte Aoum à Tokyo en 1995 a fait douze morts et des milliers de blessés. Quelles conséquences pourrait avoir un attentat bioterroriste préparé avec la même minutie que les attaques de New York et de Washington ?

Du gaz moutarde au VX

Depuis l’attentat dans le métro de Tokyo, nul ne peut prendre à la légère les menaces d’attaques terroristes à l’arme chimique. On peut schématiquement distinguer plusieurs catégories : les vésicants (capables d'agir à travers les vêtements), des asphyxiants et anoxiants (inflammation des voies respiratoires) et innervants (neurotoxiques entraînant l'inhibition des contraction smusculaires et l'asphyxie). Parmi les substances chimiques les plus dangereuses, on peut citer :

  • Le gaz moutarde, gaz irritant, pour les poumons notamment, utilisé pendant la guerre de 14-18. Incolore, inodore à l’état liquide, il devient gazeux s’il est ajouté à d’autres produits chimiques (solvants). Il peut dégager une odeur d’ail ou de moutarde. Il entraîne des cloques sur la peau, les yeux et les poumons qu’il endommage considérablement. Il peut être responsable de cécité ou de cancer ;
  • Le gaz Sarin, toxique pour le système nerveux a été mis au point par les Allemands durant la seconde guerre mondiale. Il peut être absorbé par inhalation ou à travers la peau. Ce produit entraîne la perte de contrôle moteur et la mort par inhibition de l'enzyme qui empêche l'accumulation d'acétylcholine et d'acétylcholinestérase. Les symptômes sont : nausées, toux, diarrhées, difficultés respiratoires, vomissements, faiblesses musculaires, convulsions et mort par étouffement en dix minutes ;
  • Le VX est en fait une version "améliorée" du Sarin. Les symptômes et le mode d’absorption sont les mêmes que pour le Sarin. Seule différence : il peut se répandre dans l’air et dans l’eau et la dose mortelle est de 10 milligrammes contre 100 pour le Sarin.

Les effets de ces toxiques restent toutefois difficiles à garantir, à moins de les pulvériser dans des espaces confinés d’où ils ne pourraient s’échapper dans l’atmosphère.

De la variole au charbon

Parmi les agents biologiques, on distingue trois grandes catégories : les bactéries et les champignons microscopiques peste, anthrax...), des virus (variole, fièvre jaune, Ebola...) et enfin des toxines bactériennes (toxine botulique, trichotécène...). Ces agents infectieux semblent, a priori, plus faciles à répandre, plus discrets et plus efficaces, puisque l'infection pourrait se propager selon sa propre dynamique. Quatre reviennent le plus souvent dans les propos des experts :

La variole a été déclarée éradiquée par l’OMS en 1980. Depuis, la vaccination a été logiquement abandonnée et aujourd’hui moins de la moitié de la population mondiale est immunisée contre cette infection. En théorie seuls deux laboratoires de haute sécurité, l’un en Russie, l’autre aux Etats-Unis, détiennent encore des souches de virus de la variole. En réalité rien ne dit que d’autres pays n’en conservent pas, à l’abri dans un coin de congélateur. Le virus se transmet par voie respiratoire, au contact des croûtes ou même par l’intermédiaire d’objets, sur lesquels il peut survivre quelque temps. Les premiers signes (ressemblant à la grippe) n’apparaissent qu’après une douzaine de jours et l’éruption de taches rouges et de pustules caractéristiques seulement trois jours plus tard, ce qui laisse un certain temps pour que l’infection se propage. La mortalité varie entre 20 et 50 % des cas.    

  

 

C'est une maladie virale très contagieuse qui a été éradiquée en 1980. Elle ne présentait donc plus qu'un intérêt historique. Ces derniers mois cependant, la variole est revenue sur le devant de la scène car elle est évoquée comme une "arme" possible dans le cadre du terrorisme biologique.

 

[?] Qu'est-ce que c'est ?

La variole, ou "small pox" en anglais, est une maladie infectieuse éruptive contagieuse, et fréquemment mortelle. Elle fait partie des maladies exanthémateuses, c'est-à-dire qui donnent des taches sur tout le corps.

Un peu d'histoire

L'histoire de la variole évoque immédiatement la découverte de la vaccination. En effet, c'est l'anglais Edward Jenner qui a pratiqué en 1796 la première vaccination sur un enfant. Ayant remarqué que les patients ayant eu la vaccine (ou variole des vaches, maladie bénigne pour l'homme) étaient relativement protégés contre la variole humaine, il a injecté par scarification de la vaccine à un enfant, qui s'est trouvé protégé contre la variole humaine. C'est ainsi qu'est née la vaccination, dont le nom rappelle son utilisation première.

La variole faisait autrefois partie des six maladies infectieuses les plus meurtrières. Elle a aujourd’hui totalement disparu grâce à la vaccination. En 1900, la variole avait disparu dans de nombreux pays d'Europe du Nord. En 1967, l'OMS a mis en place le Programme Intensif d'Eradication de la Variole, qui a permis d'éliminer la maladie des pays où elle subsistait à l'état d'endémie. Le dernier cas de variole naturelle e été signalé en Somalie en 1977. Le 8 mai 1980, l'OMS déclarait que la variole avait été éradiquée de la surface de la terre.

Les souches de virus ont été conservées dans deux laboratoires collaborateurs de l'OMS (au Center for Disease Control d'Atlanta et à Koltsovo en Russie). Elles doivent normalement être définitivement détruites en 2002, pour éviter toute résurgence de la maladie.

[?] Causes et facteurs de risque

La maladie est due au virus de la variole, de la famille des orthopoxvirus, dont le réservoir est strictement humain. Il se transmet directement d'homme à homme (par contact avec les sécrétions respiratoires ou les lésions cutanées), mais parfois également par l'intermédiaire d'un objet contaminé. En effet, le virus est relativement résistant et peut survivre un certain temps à l'extérieur.

Le virus de la variole s'implante d'abord dans la muqueuse pharyngée ou respiratoire. Par la suite, il se multiplie et se dissémine dans tout l'organisme, puis va se stocker au niveau des lésions cutanées. Le patient est contagieux à partir du début de l'éruption jusqu'à disparition des lésions, soit pendant environ trois semaines.

[?] Les signes de la maladie

La période d'incubation dure 12 à 14 jours. Les premiers signes sont une fièvre élevée avec des maux de tête et des douleurs dorsales. Il existe parfois des douleurs abdominales. Deux à trois jours après apparaît l'éruption, sous forme de taches rouges, puis de vésicules, enfin de pustules (contenant des petites bulles de pus). Les lésions débutent sur la face puis atteignent progressivement le reste du corps.

L'examen médical révèlera également des lésions de la bouche et du pharynx.

Les pustules se transforment ensuite en croûtes qui sont fortement contagieuses, et se répandent dans les vêtements et les plis des draps. Elles disparaissent en laissant des cicatrices parfois importantes.

[?] Examens et analyses complémentaires

Le diagnostic de la maladie serait affirmé de nos jours par examen du sérum au microscope électronique.

[?] Evolution de la maladie

La forme majeure de la maladie, décrite ici, est mortelle dans 20 à 40 % des cas. Il existe une forme mineure qui n'est que très rarement mortelle. Le patient qui survit à la maladie est immunisé à vie.

[?] Traitement

Il n'y a pas de traitement spécifique pour la variole. Les antibiotiques ne sont d'aucune efficacité contre les virus. Il est possible d'utiliser des substances qui renforcent l'immunité (immunoglobulines) et la réanimation permet de préserver les fonctions vitales des patients.

Comment se protéger ?

La maladie ayant été éradiquée, le virus ne circule plus. Si des cas de variole étaient signalés quelque part dans le monde, il s'agirait d'une urgence internationale de santé publique. Les patients seraient aussitôt isolés de façon stricte, et les sujets à leur contact seraient vaccinés. La vaccination précoce d'un sujet ayant été en contact avec le virus permet de le protéger.

Le vaccin ayant permis l'éradication de la maladie pourrait encore être utilisé de nos jours (mais il n'est pas disponible sur le marché). C'est un vaccin vivant, contenant non pas le virus de la variole mais celui de la vaccine. Comme tout vaccin vivant, il ne doit pas être utilisé chez les patients immuno-déprimés (patients sous chimiothérapie anticancéreuse, patients HIV, patients atteints de maladie grave…). Des cas d'encéphalopathie graves ont également été signalés après la vaccination. C'est donc un vaccin relativement dangereux, ce qui explique que la reprise de la vaccination systématique de toute la population ne soit absolument pas à l'ordre du jour, d'autant que nul cas de variole n'a été signalé.

  

Dr Marine Olivier

    

   

Des bacilles répandus sur Tokyo

Le charbon (anthrax des anglo-saxons) touche les herbivores, mais l’homme peut également être contaminé. Il est dû au bacille de l’anthrax, qui se transmet :

  • Soit par voie cutanée, provoquant une infection de la peau (escarre noirâtre) mortelle en l’absence de traitement antibiotique adapté ;
  • Soit par voie respiratoire, entraînant rapidement une détresse respiratoire.

Dans le cas d’une attaque terroriste ce serait bien sûr la voie aérienne qui serait privilégiée. En juillet 1993, des membres de la secte Aoum avaient répandu des bacilles du charbon dans l’atmosphère pendant 24 heures, du haut d’un immeuble de la banlieue de Tokyo. Fort heureusement cette "tentative" avait été réalisée avec une souche non pathogène.

La peste se transmet par inhalation (peste pulmonaire) ou par l’intermédiaire de puces ayant piqué des rongeurs infectés (peste bubonique). Ainsi des infections pourraient être provoquées par la dispersion d’agents infectieux dans l’atmosphère ou par l’intermédiaire d’une contamination des animaux.

Les virus responsables de fièvre hémorragique se transmettent par les liquides ou excrétions corporelles (sang, selles, urines, sérosités...).La maladie se caractérise par des douleurs, de la fièvre, des saignements. La mort survient, dans des proportions très variables, par choc ou par détresse respiratoire.

A ces quatre agents infectieux, il convient d’ajouter la toxine botulique, toxine bactérienne extrêmement toxique, qui pourrait être introduite dans les réservoirs d'eau ou dans des aliments. L'ingestion de quelques dixièmes de microgrammes suffit à entraîner des troubles neurologiques mortels.

Pas de grandes épidémies

Quel que soit l’agent utilisé, il est probable qu'il ne provoquerait pas de grandes épidémies, mais plutôt des foyers de cas circonscrits. Les infections concernées donnent en effet des signes facilement reconnaissables, qui devraient permettre de mettre en oeuvre rapidement des mesures d'isolement et de prévention efficaces. De plus leur contagiosité reste relativement limitée, bien moindre que celle de la grippe, par exemple. L’hypothèse la plus pessimiste serait l’utilisation de virus de la grippe manipulé pour transporter le matériel génétique du virus Ebola, par exemple. Les ravages seraient alors sans commune mesure.

Mais l'efficacité d'un attentat ne se mesure pas seulement en nombre de morts. Le traumatisme psychologique, les répercussions économiques… peuvent contribuer à une psychose et une déstabilisation du pays visé par les terroristes. C'est aussi pour éviter la panique que les gouvernements se préparent à d’éventuels attentats, même si les effets d'une telle agression sont difficiles à prévoir.

Dr Chantal Guéniot

      

Pour en savoir plus

Ebola frappe à nouveau
Petit lexique de l’infiniment petit

Encyclopédie

 La peste

 

   

2.2.1. Ebola frappe à nouveau

Une nouvelle épidémie liée au virus Ebola a déjà fait une cinquantaine de morts dans le nord de l’Ouganda. La fièvre hémorragique à virus Ebola est l’une des maladies virales humaines les plus virulentes. Après une incubation de 2 à 21 jours, elle entraîne la mort dans 50 % à 90 % des cas. Le scénario a de quoi faire frémir.

 

Pour une raison inconnue, un virus mortel quitte son repère habituel dans les forêts et infecte la population voisine. Rapidement des dizaines d’individus sont atteints de manifestations spectaculaires. Aux maux de tête, épisodes de la fièvre succèdent des douleurs musculaires, puis abdominales, des diarrhées et des vomissements. Les malades sont rapidement apathiques et désorientés. Mais le signe le plus caractéristique est la survenue d’hémorragies multiples, touchant le tube digestif, les poumons, les gencives, les yeux... Plus de la moitié des malades meurent en une à deux semaines, sans qu’aucun traitement ne puisse les sauver. Après quelques semaines ou quelques mois, l’épidémie s’éteint, laissant parfois derrière elle des centaines de victimes. Mais le virus reste présent, tapis dans la nature. Une chose est sûre: il s’attaquera de nouveau à l’homme.

  

Quatre familles de virus identifiées depuis 1976

 

Voilà présenté en quelques mots les caractéristiques du virus Ebola, membre de la famille des filovirus, l’une des quatre familles de virus responsables de fièvres hémorragiques. C’est en 1976 que la première épidémie a été identifiée, sur les rives de la rivière Ebola, au Zaïre. Depuis, quatre types de virus Ebola ont été identifiés : Soudan, Côte d’Ivoire, Zaïre et aux Philippines. Ils proviennent tous d’Afrique et, à l’exception de Reston, des régions boisées d’Afrique centrale. En quelques épidémies, ils ont atteint plus de 1000 personnes, dont plus des trois quarts sont décédés.

Plus de 150 morts en Ouganda

Au 23 octobre, l’épidémie qui sévit actuellement dans le nord de l’Ouganda avait atteint 160 personnes, dont 55 étaient décédées, selon les chiffres officiels présentés par le Ministre de la santé ougandais. La première victime semble être une femme de Gulu, infectée au début du mois de septembre. Transmis à ses proches, le virus a tué la mère de la patiente, ses trois soeurs et trois autres membres de la famille. La contamination se fait de personne à personne, par le sang, le sperme, les sécrétions. Le personnel soignant et les malades hospitalisées sont les plus exposés. Mais un rite funéraire particulier, consistant à laver le corps, puis à se rincer les mains dans une bassine commune, en signe d’union, a favorisé la propagation des cas au sein des familles.

  

Enrayer la propagation de l’épidémie

  

A mesure que les équipes médicales étendent leur rayon d’action, le bilan ne cesse de s’alourdir, à raison d’une dizaine de nouveaux cas chaque jour. Bien que les experts se montrent plutôt rassurants on peut craindre que la maladie ne continue à se propager dans les régions difficilement accessibles et notamment dans les camps de réfugiés au Nord du pays. Plusieurs districts ont été mis en quarantaine et des équipes internationales sont sur le terrain. Tous s’activent pour tenter d’identifier les cas dispersés autour de Gulu et mettre en place des mesures pour stopper la propagation de la maladie. L’isolement des malades, le port de masque et de gants, la limitation des contacts entre les habitants suffiraient à prévenir la transmission du virus. Mais ces mesures simples, sont difficiles à mettre en oeuvre dans une population isolée et démunie. 

Le laboratoire de haute sécurité P4 de Jean Mérieux, à Lyon, le seul laboratoire de ce type en Europe, conçu pour la manipulation d’agents infectieux extrêmement dangereux, vient de recevoir l’autorisation de travailler sur le virus responsable de cette épidémie. En effet on ne connaît encore que fort peu de choses de ce virus, contre lequel les médecins sont totalement démunis. On ignore en particulier sur quel hôte, animal ou insecte, il survit dans les forêts, entre les épidémies, et par quel mécanisme il se transmet parfois à l’homme.

  

Dr Chantal Guéniot

   

 

2.2.2. Les microbes : petit lexique de l’infiniment petit

   

Les microbes sont présents partout dans la nature : dans l’eau, dans l’air, la terre, dans et sur les êtres vivants. Mais impossible de les voir à l’oeil nu. Alors pour tout savoir sur les virus et autres bactéries, suivez-nous.

  

penicillin_resistant_pneumococc.jpgLes plus petits microbes sont les virus. Leur taille se mesure en millionième de millimètre (1 million de fois plus petit qu'un millimètre). Inutile d'essayer de les apercevoir avec une loupe ou un microscope habituel (appelé microscope optique), c'est impossible : ils ne sont visibles que grâce au microscope électronique. Au contraire, les bactéries et les champignons microscopiques, mille fois plus grands que les virus, sont visibles avec un simple microscope. Leur taille se mesure en millième de millimètre, c'est à dire en micromètre ou micron, mille fois plus petit qu'un millimètre. Quant aux parasites, certains sont également microscopiques.

Les bactéries

Les bactéries ont été les premiers êtres vivants sur terre, il y a plusieurs milliards d'années. Elles sont formées d'une seule cellule. Notre peau, notre bouche et nos intestins hébergent des millions de bactéries, et un seul gramme de terre en contient des milliards. Certaines bactéries sont indispensables à la vie sur terre, d'autres vivent en bonne entente avec nous et certaines déclenchent des maladies : les infections bactériennes. Le tétanos est une infection bactérienne, tout comme la tuberculose, les furoncles, la scarlatine, la coqueluche, etc. Pour lutter contre une infection bactérienne, on utilise, si nécessaire, les antibiotiques (de anti = contre et bio = vie). Schématiquement, les antibiotiques tuent les bactéries et permettent au corps de venir à bout de l'infection.

Les virus

      Les virus ne sont pas vraiment des être vivants car il sont incapables d'avoir des descendants tout seul. Pour se multiplier, ils utilisent la machinerie d'un être vivant, en la détruisant en partie. Les virus peuvent être responsables de nombreuses infections chez l'homme, chez les plantes et les animaux : la grippe, la varicelle, l'herpès, l'hépatite virale, le Sida, etc. Ils sont également responsables des verrues ou de certains cancers comme le cancer du col de l'utérus. Pour lutter contre les virus les antibiotiques sont inutiles, seuls peuvent être efficaces les antiviraux. L’une des meilleures façon de lutter contre les virus est de se faire vacciner quand le vaccin est disponible.

Les champignons microscopiques

Les champignons microscopiques sont responsables également d'infections appelées mycoses (du grec mukês = champignon). Ces infections sont surtout fréquentes sur la peau, les cheveux et les ongles. Les médicaments qui luttent contre les mycoses sont appelés antimycosiques ou antifongiques (fongus = champignon).

Comment distinguer une infection due à un virus de celle due à une bactérie ? C'est souvent difficile. Les rhumes sont dus à des virus et 9 fois sur 10 les bronchites et les angines sont également dues à des virus. Face à une infection virale, le patient n’a pas besoin d'antibiotiques, trop souvent prescrits inutilement.

Les maladies dues aux parasites sont nombreuses : amibe, paludisme, oxyure (les vers dans les selles des enfants), etc. Ces maladies se soignent avec des médicaments appelés antiparasitaires.

Comment attrape-t-on une infection ?

Le plus souvent en entrant en contact avec une personne ou un animal porteur du microbe. La maladie est alors contagieuse, elle se transmet par contact de personne à personne. Vous pouvez aussi vous infecter en respirant dans un endroit chargé de microbes ou bien en vous baignant dans une eau polluée, en mangeant un aliment, en buvant de l'eau, etc.

   

Dr Emmanuel Zinski

  

Guide des médicaments

Les antibiotiques
Les antifongiques
Les antitussifs
Les antiulcéreux
Les fluidifiants bronchiques

Test

Microbes, bactéries, virus : quelles différences ?

 

 

2.2.3. La peste

   

 

[?] Qu'est-ce que c'est ?

La peste est une zoonose (maladie transmise par les animaux). L'agent responsable de la peste est un petit bacille, de 1 à 3 microns de long, non mobile, qui possède la particularité de résister au froid; il porte le nom de Pasteurella pestis ou bacille de Yersin.

[?] Epidémiologie

La peste est une maladie des rongeurs sauvages vivant en terriers (marmotte, écureuil terrestre), chez qui elle existe à l'état endémique.

Quand, pour diverses raisons, le nombre de ces animaux diminue, les rats, qui préfèrent en général vivre près des habitations humaines, envahissent leur territoire et contractent la maladie qui est mortelle chez eux dans une grande proportion de cas.

La contamination de rat à rat se fait par l'intermédiaire de leurs puces et c'est à l'occasion de la mort d'un rat atteint de la peste près d'une habitation humaine que la puce du rat s'attaque à l'homme.

La contagion d'homme à homme se fait par l'entremise de la puce de l'homme et, comme les parasites quittent les cadavres, les personnes qui soignent les mourants, enterrent ou veillent les morts, sont particulièrement en danger.

A partir d'un premier foyer, la contagion, surtout lorsque ne règne pas une bonne hygiène, s'étend de proche en proche, facilement aggravée par les mouvements de populations fuyant l'épidémie et emmenant avec elles des sujets déjà contaminés. Le bacille étant résistant au froid, les cadavres non enterrés (le cas était fréquent) restent contagieux. Lorsque l'épidémie atteint la mer, il suffit d'un rat contaminé montant à bord d'un navire pour emmener la maladie vers une nouvelle destination.

[?] Les signes de la maladie

La peste se manifeste par une fièvre élevée, oscillante, souvent accompagnée de délire et d'hallucinations, ainsi que de troubles digestifs intenses. Son signe caractéristique est la présence d'un "bubon," ganglion enflammé de très gros volume, siégeant à l'aine ou au creux de l'aisselle selon le point d'inoculation de la maladie, par piqûre de puce. Quelque fois, le bubon s'ouvre et le malade peut guérir, mais la plupart du temps il meurt en quelques jours d'infection généralisée (septicémie). Il existe une forme foudroyante de cette maladie, la "peste pulmonaire" : c'est une pneumonie causée par une inhalation massive de bacilles. Sans traitement, elle tue en quelques heures.

Les risques pour le touriste sont heureusement pratiquement inexistants. Les principaux foyers de peste, constamment surveillés, se trouvent actuellement :

  • En Asie centrale: Viet-Nam, Birmanie, Kurdistan Iranien, Chine ;
  • En Amérique : Bolivie, Pérou, Brésil ;
  • En Afrique : Kenya, Tanzanie ;
  • A Madagascar.

[?] Traitement

Dès qu'un cas de peste est reconnu, un dispositif de sécurité se met immédiatement en place : isolement et traitement du ou des malades, vaccination massive de la population, désinsectisation et dératisation intensives, surveillance de tous les moyens de transport.

Les antibiotiques sont actifs : chloramphénicol, streptomycine...

Il existe un vaccin recommandé aux professions exposées (techniciens de laboratoire, ouvriers agricoles etc.).

   

Dr Lyonel Rossant, Dr Jacqueline Rossant-Lumbroso

 

 

2.5. Faut-il reprendre la vaccination contre la variole ?

"Les menaces bioterroristes nous imposent de reprendre la vaccination contre la variole". La déclaration au quotidien Le Monde du Professeur Henri Mollaret, bactériologiste responsable pendant vingt ans du laboratoire de l’Institut Pasteur de Paris spécialisé dans l'étude de la peste, tranche avec les propos rassurants du ministre délégué à la santé.

 

Alors que celui-ci présentait le 5 octobre dernier le plan Biotox en parlant de "simples mesures de santé publique", la position du ministère semble avoir évolué. Bernard Kouchner a en effet annoncé dimanche au cours du Grand Jury sur RTL que la fabrication du vaccin était relancée, 3 millions de nouvelles doses de vaccins devant s’ajouter aux 5 millions déjà existants et non périmées.

Pourquoi fabrique-t-on de nouveaux vaccins ?

Il s’agit uniquement de préoccupations de santé publique répète le ministère de la santé. Les Etats-Unis sont actuellement avec l'anthrax la cible d'attentats bio-terroristes, et la France veut être prête à  faire face à toute éventualité.

   

L'AFSSAPS (ou agence du médicament) qui a réalisé une mission de vérification de la qualité des stocks de vaccin existants, se refuse à donner des précisions à la presse et renvoie toute demande vers le ministère.


La variole a pourtant disparu…

Oui, la variole a été éradiquée dans le monde entier, grâce à une campagne de vaccination, depuis 1980. C'est une des grandes victoires de l'histoire de la médecine. En revanche les souches de virus ont été conservées dans des laboratoires collaborateurs de l'OMS à des fins expérimentales (au CDC d'Atlanta et à Koltsovo en Russie). La destruction totale de ces souches a été décidée par l'Assemblée Mondiale de la Santé mais a été reportée à 2002. Ce qu'on craint actuellement est une dissémination volontaire de virus conservés illégalement. Le Professeur Mollaret affirme que des souches existent en Iran et en Irak.

C'est parce que la variole humaine a disparu que la vaccination n'est plus obligatoire en France depuis 1979, et les rappels ne sont plus obligatoires depuis 1984. Les "moins de 22 ans" n'ont donc jamais été vaccinés et sont donc très fragiles en cas d'exposition. Les sujets plus âgés ayant été vaccinés sont théoriquement moins vulnérables. L’efficacité du vaccin serait pérenne de 3 à 10 ans après l’injection.

La variole animale, elle, existe-toujours, en particulier chez les singes ("monkey pox").

Comment se transmet la variole ?

C'est une maladie très contagieuse qui se transmet soit directement d'homme à homme, soit par l'intermédiaire d'un objet contaminé sur lequel le virus peut survivre très longtemps. Un patient atteint devrait donc être isolé de façon très stricte afin de ne pas contaminer son entourage.

Comment reconnaître la maladie ?

L'incubation (période silencieuse après le contact avec le virus) dure 12 à 14 jours. Le début de la maladie est une fièvre très élevée avec des maux de tête et des douleurs de dos. Deux à cinq jours après survient une éruption de pustules qui débute sur le visage et descend sur le reste du corps.

Elles se transforment ensuite en croûtes noirâtres très contagieuses qui laissent des cicatrices. La mortalité est élevée, (entre 20 et 50 % chez les sujets non vaccinés), et survient pendant les 2 premières semaines de la maladie.

Comment se traite la variole ?

Il n'y a pas de traitement spécifique. Les antibiotiques ne sont d'aucune efficacité contre les virus. On utilise des substances qui renforcent l'immunité (immunoglobulines) et la réanimation permet de préserver les fonctions vitales des patients.

Comment se protéger ?

Il existe un vaccin, qui a permis l'éradication de la maladie. C'est un vaccin vivant, contenant non pas le virus de la variole mais celui de la vaccine, virus de la même famille mais moins dangereux pour l'homme et permettant de s'immuniser contre celui de la variole. L'OMS recommandait le maintien de stocks de vaccins anti-varioliques pour vacciner le personnel de laboratoire, et pour réagir à une dissémination accidentelle ou délibérée du virus.

 



Le vaccin n'est pas disponible sur le marché. Il ne doit pas être utilisé de façon systématique car il est relativement mal toléré. C'est un vaccin vivant qui ne doit pas être utilisé chez les immuno-déprimés (patients sous chimiothérapie anticancéreuse, patients HIV, patients atteints de maladie grave…). Les effets secondaires plaident contre une vaccination de masse.

D’après Bernard Kouchner "(…) ces vaccins étaient assez dangereux. Il y avait un cas sur 100 000 environ d’encéphalite variolique qui se traduisait par la mort". Autrement dit, sur 20 millions de personnes vaccinées, 350 seraient susceptibles d’en décéder.

En revanche dans le cas d'une réapparition de la maladie la reprise d'une campagne de vaccination sera justifiée.

Le vaccin anti-variolique est-il obsolète ?

Effectivement, c'est un vaccin vivant, alors que la recherche a permis de faire des vaccins beaucoup mieux tolérés (vaccins à base d'antigènes) qui sont utilisables chez les immuno-déprimés.

Cela n'a pas été fait pour la variole parce que la maladie était éradiquée le risque de réapparition très faible. Les crédits de la recherche ont donc été utilisés pour d'autres priorités.

Espérons qu'il n'y aura pas lieu de le regretter… La question, aujourd'hui, est de décider ou non de la reprise d'une vaccination systématique. Mais avec les stocks existant, il est impossible de vacciner rapidement tous les sujets jeunes susceptibles d'être contaminés.

Dr Marine Olivier

   

Encyclopédie

La variole

Des sites pour aller plus loin

La retranscription de l'interview de Bernard Kouchner dans Le Grand Jury RTL - LCI - Le Monde

http://www.rtl.fr/

     

 

2.9. La variole

 

     

C'est une maladie virale très contagieuse qui a été éradiquée en 1980. Elle ne présentait donc plus qu'un intérêt historique. Ces derniers mois cependant, la variole est revenue sur le devant de la scène car elle est évoquée comme une "arme" possible dans le cadre du terrorisme biologique.

 

[?] Qu'est-ce que c'est ?

La variole, ou "small pox" en anglais, est une maladie infectieuse éruptive contagieuse, et fréquemment mortelle. Elle fait partie des maladies exanthémateuses, c'est-à-dire qui donnent des taches sur tout le corps.

Un peu d'histoire

L'histoire de la variole évoque immédiatement la découverte de la vaccination. En effet, c'est l'anglais Edward Jenner qui a pratiqué en 1796 la première vaccination sur un enfant. Ayant remarqué que les patients ayant eu la vaccine (ou variole des vaches, maladie bénigne pour l'homme) étaient relativement protégés contre la variole humaine, il a injecté par scarification de la vaccine à un enfant, qui s'est trouvé protégé contre la variole humaine. C'est ainsi qu'est née la vaccination, dont le nom rappelle son utilisation première.

La variole faisait autrefois partie des six maladies infectieuses les plus meurtrières. Elle a aujourd’hui totalement disparu grâce à la vaccination. En 1900, la variole avait disparu dans de nombreux pays d'Europe du Nord. En 1967, l'OMS a mis en place le Programme Intensif d'Eradication de la Variole, qui a permis d'éliminer la maladie des pays où elle subsistait à l'état d'endémie. Le dernier cas de variole naturelle e été signalé en Somalie en 1977. Le 8 mai 1980, l'OMS déclarait que la variole avait été éradiquée de la surface de la terre.

Les souches de virus ont été conservées dans deux laboratoires collaborateurs de l'OMS (au Center for Disease Control d'Atlanta et à Koltsovo en Russie). Elles doivent normalement être définitivement détruites en 2002, pour éviter toute résurgence de la maladie.

[?] Causes et facteurs de risque

La maladie est due au virus de la variole, de la famille des orthopoxvirus, dont le réservoir est strictement humain. Il se transmet directement d'homme à homme (par contact avec les sécrétions respiratoires ou les lésions cutanées), mais parfois également par l'intermédiaire d'un objet contaminé. En effet, le virus est relativement résistant et peut survivre un certain temps à l'extérieur.

Le virus de la variole s'implante d'abord dans la muqueuse pharyngée ou respiratoire. Par la suite, il se multiplie et se dissémine dans tout l'organisme, puis va se stocker au niveau des lésions cutanées. Le patient est contagieux à partir du début de l'éruption jusqu'à disparition des lésions, soit pendant environ trois semaines.

[?] Les signes de la maladie

La période d'incubation dure 12 à 14 jours. Les premiers signes sont une fièvre élevée avec des maux de tête et des douleurs dorsales. Il existe parfois des douleurs abdominales. Deux à trois jours après apparaît l'éruption, sous forme de taches rouges, puis de vésicules, enfin de pustules (contenant des petites bulles de pus). Les lésions débutent sur la face puis atteignent progressivement le reste du corps.

L'examen médical révèlera également des lésions de la bouche et du pharynx.

Les pustules se transforment ensuite en croûtes qui sont fortement contagieuses, et se répandent dans les vêtements et les plis des draps. Elles disparaissent en laissant des cicatrices parfois importantes.

[?] Examens et analyses complémentaires

Le diagnostic de la maladie serait affirmé de nos jours par examen du sérum au microscope électronique.

[?] Evolution de la maladie

La forme majeure de la maladie, décrite ici, est mortelle dans 20 à 40 % des cas. Il existe une forme mineure qui n'est que très rarement mortelle. Le patient qui survit à la maladie est immunisé à vie.

[?] Traitement

Il n'y a pas de traitement spécifique pour la variole. Les antibiotiques ne sont d'aucune efficacité contre les virus. Il est possible d'utiliser des substances qui renforcent l'immunité (immunoglobulines) et la réanimation permet de préserver les fonctions vitales des patients.

Comment se protéger ?

La maladie ayant été éradiquée, le virus ne circule plus. Si des cas de variole étaient signalés quelque part dans le monde, il s'agirait d'une urgence internationale de santé publique. Les patients seraient aussitôt isolés de façon stricte, et les sujets à leur contact seraient vaccinés. La vaccination précoce d'un sujet ayant été en contact avec le virus permet de le protéger.

Le vaccin ayant permis l'éradication de la maladie pourrait encore être utilisé de nos jours (mais il n'est pas disponible sur le marché). C'est un vaccin vivant, contenant non pas le virus de la variole mais celui de la vaccine. Comme tout vaccin vivant, il ne doit pas être utilisé chez les patients immuno-déprimés (patients sous chimiothérapie anticancéreuse, patients HIV, patients atteints de maladie grave…). Des cas d'encéphalopathie graves ont également été signalés après la vaccination. C'est donc un vaccin relativement dangereux, ce qui explique que la reprise de la vaccination systématique de toute la population ne soit absolument pas à l'ordre du jour, d'autant que nul cas de variole n'a été signalé.

  

Dr Marine Olivier  

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